Chaleureusement applaudi par le public du Zoofest l'année dernière dans Scotstown, Fabien Cloutier remonte sur scène cette année pour présenter la suite des aventures du chum à Chabot dans Cranbourne, du nom d'une petite ville de Beauce.

Stéphanie Vallet LA PRESSE

Fabien Cloutier montera sur les planches du Café Cléopâtre avec son personnage sans nom, à la langue sans détour et sans tabous pour lui faire poursuivre son chemin de croix vers le bonheur. Le second volet d'un conte à l'humour décapant qui propose un éclairage sans filtre sur la réalité rurale.

C'est en 2005, dans le cadre des Contes urbains, que Fabien Cloutier crée Ousqu'y é Chabot?, une histoire crue et empreinte de colère dans laquelle verra le jour le chum à Chabot, personnage qui inspirera le comédien et auteur pour l'écriture de Scotstown.

«J'ai trouvé un personnage et une langue qui ont fait que j'ai eu envie de continuer avec ce gars-là. J'ai commencé à faire Scotstown en 2008 et je l'ai roulé une quarantaine de fois de la Gaspésie à Gatineau. Au départ, j'avais juste envie d'écrire l'histoire d'un gars de la campagne qui monte en ville. Mais il est tellement riche que je n'ai pas voulu m'en défaire tout de suite», explique Fabien Cloutier.

Dans Cranbourne, son personnage cru et colérique arrive à un tournant de son existence. Il vieillit et évolue, laissant derrière lui beuveries et autres excès.

«C'est un gars qui n'est pas allé à l'école. Pour lui, les fêtes et les veillées avec ses chums et la boisson, ça a été très important. Au début de Cranbourne, il a 30,33 ans et il arrive à un moment de sa vie où tout ça n'est plus assez. Il est plein de bonne foi et est fondamentalement bon: soit il s'en sort, soit il continue sa descente aux enfers. Au début du spectacle, il est toujours à Scotstown, mais il lui arrive des trucs et des désaccords avec des chums et il a une illumination qui lui fait comprendre qu'il doit s'en aller», explique Fabien Cloutier.

«Son ami Chabot est maintenant marié et a des enfants. Celui avec qui il a passé sa jeunesse et qui allait plus loin que lui dans la débauche a trouvé son bonheur en faisant son jardin et en faisant des promenades.»

Si le chum à Chabot ne ressemble pas à son créateur, celui-ci s'est librement inspiré de son entourage et de son adolescence en Beauce.

«Moi, je viens de Sainte-Marie. Quand je suis revenu quelques années plus tard dans une polyvalente où je travaillais, il y avait 250 gars qui restaient après l'école pour s'entraîner. Ils avaient besoin d'avoir de bonnes notes pour faire partie du club, ce qui leur donnait un but. Dix ans plus tôt, leur but aurait été de prendre de la bière le plus possible la fin de semaine et de fêter fort», dit-il.

Interrogations et réflexions

Un personnage sans nom qui lui permet d'exprimer des interrogations et des réflexions à travers une série d'anecdotes, à mi-chemin entre du Fred Pellerin et du Mike Ward, même si Fabien Cloutier ne s'identifie à aucun des deux hommes.

«J'ai découvert le conte avec Michel Faubert et ses univers, mais aussi avec Yvan Bienvenue des Contes urbains. Dans la tenue de scène, le genre d'humour et les textes, je suis plus Yvon Deschamps. Je trouve son regard sur la société tellement juste. Il a réussi à dire beaucoup de choses en donnant la parole à quelqu'un d'autre. Ça, ça m'inspire!», s'exclame-t-il.

Fabien Cloutier présentera ce soir pour la toute première fois Cranbourne devant un public montréalais. Il sera par la suite au Théâtre Denise-Pelletier en 2012 et pense avant tout à ajouter un troisième et dernier volet des aventures du chum à Chabot avant de se lancer en tant que Fabien Cloutier.

«J'ai l'impression que j'ai encore des choses à apprendre. Si je faisais du stand-up, je serais en Fabien Cloutier, mais je ne sais pas encore comment il va s'adresser aux gens. Tout est à inventer et à trouver. Avec un projet comme Cranbourne où j'écris, je joue et que je mets en scène, j'ai tous les pouvoirs et toutes les libertés. J'ai déjà des petites idées en tête pour boucler la boucle avec mon personnage. Je ne vais pas le tuer, mais je vais clore toutes ses aventures dans le troisième spectacle», conclut-il.

Cranbourne, du 14 au 16 et du 21 au 23 juillet au Café Cléopâtre.