Le FTA présente en clôture Tempest: Without a Body de Lemi Ponifasio, chorégraphe néo-zélandais d'origine samoane, très recherché à l'international. C'est, pour le public montréalais, l'occasion de découvrir son espace scénique singulier, sa vision de la danse à laquelle on accède par les sens et non par le seul intellect.

Mis à jour le 9 juin 2011
Aline Apostolska, collaboration spéciale LA PRESSE

Joint à Amsterdam par téléphone, Lemi Ponifasio présente son irruption singulière dans la danse contemporaine internationale:

«L'idée de devenir danseur n'appartient pas au monde d'où je viens, dit-il. Quand j'ai découvert cette possibilité, j'ai trouvé ça fantastique, mais en même temps je ne voyais aucune raison de danser comme en Occident. J'ai dû trouver ma propre raison de danser et ma propre danse.»

C'est ainsi qu'il fonde Mau à Auckland, en 1995. Pas vraiment une compagnie, plutôt un collectif de créateurs animés par l'énergie et la vision de Lemi Ponifasio: «J'appelle Mau ma danse, mon chemin, mon legs. Pour danser, j'ai dû trouver l'énergie de mon propre corps et ne pas copier ce qui m'était proposé. Le tout repose sur ma vision du monde.»

Vision de la terre dans l'ensemble du cosmos. Et de l'humain comme un élément terrestre parmi tous les autres: «En Occident, la danse, mais aussi la religion et l'art en général, conformément aux valeurs de sa marche civilisatrice, en particulier la vision capitaliste, privilégie l'être humain au sein de la nature, comme si la nature était au service de l'humain. C'est un non-sens. D'ailleurs, la nature ne se prive pas de nous le rappeler. Ma danse inclut les serpents, l'océan, les arbres, les chants et les esprits de nos ancêtres.»

Sa danse célèbre la globalité originelle et éternelle. Sur scène, cette sagesse cosmologique se manifeste par un univers fascinant qui plonge le spectateur dans un état sensitif autant qu'émotif.

«Le langage verbal produit forcément de la dualité, dit Lemi Ponifasio. Le verbe sépare parce qu'il exprime avant tout le pouvoir de la majorité sur la minorité et l'individu. Créer un spectacle, pour moi, ce n'est pas proposer une représentation, un concept que le spectateur doit appréhender avec son intellect. Faire un spectacle, c'est créer un espace, un tout dans lequel on s'immerge jusqu'à en faire partie par les sensations et le psychisme.»

Il en conçoit tous les éléments, sons, musique, lumière, scénographie, costumes, mise en scène. Un ensemble cohérent. C'est ainsi qu'il a conquis les scènes internationales qui ont reconnu sa différence, sa singularité, le message aussi qu'il lance ainsi implicitement aux valeurs occidentales.

L'ange aux ailes trop courtes

Chef spirituel respecté des îles Samoa et leader de la cause maorie, Ponifasio s'ancre dans son terreau culturel polynésien, avec des danseurs venus des mêmes horizons, chose très rare. Dans sa danse se conjuguent le haka, guerrier maori, et l'esthétique contemporaine minimaliste dans des pièces comme Artial, Oceania, Paradis.

À Montréal, il présentera Tempest: Without a Body, une pièce que l'on dit sombre et dure, mais ce n'est pas sa vision.

«D'abord, il ne faut pas croire qu'il y a un lien avec la pièce de Shakespeare, note-t-il. Je me suis inspiré des écrits philosophiques de Walter Benjamin et de la peinture de Paul Klee qui représente l'ange déchu, dont les ailes trop courtes empêchent l'envol. J'ai tenté de transmettre la façon dont je me sens aujourd'hui dans le monde. Ce n'est pas un discours, le monde en est saturé. Mais la manière dont chacun se sent, comment il est touché, dans l'individuel et l'intime.»

Tempest: Without a Body, de Lemi Ponifasio, demain et samedi au Théâtre Jean-Duceppe.