Dans le mot «chantier», il y a «chant». Les 22es FrancoFolies auront été littéralement un chantier: les travaux de construction leur ont donné des airs de champ de bataille, la récente coupe de subvention les a obligées à se creuser les méninges pour offrir la programmation prévue, mais surtout elles tentaient la grande expérience, celle d'un festival consacré à la chanson à la mi-juin. Des trois «chantiers», c'est le dernier qui est peut-être le moins concluant.

Marie-Christine Blais LA PRESSE

On saura officiellement cet après-midi, au cours de la conférence de presse-bilan des 22es FrancoFolies de Montréal, combien de gens y sont venus, combien de billets ont été vendus. Mais pour ceux qui couvrent les Francos depuis des années, nul doute possible: il y avait vraiment moins de monde cette année. Moins dans les salles, moins dehors, moins partout.

On ne peut pas en accuser le temps : hormis un mercredi franchement moche, le Festival s'est déroulé dans de bonnes conditions météorologiques.

On peut par contre accuser un peu les travaux en cours, avec concert de «pépines» jusqu'à 17h et parcours délirant entre clôtures, asphalte aléatoire, labyrinthes étroits et trous béants.

Mais foi de journaliste qui a couvert toutes les présentations des FrancoFolies, ce n'est pas ça qui m'a frappée le plus cette année: c'est l'absence d'enfants d'âge scolaire. Des bébés, des enfants d'âge préscolaire, oui, il y en avait. Mais pratiquement personne âgé de 6 à 15 ans. Et donc pas de jeunes parents pour les accompagner non plus.

L'explication est tellement simple que nous n'y avons pas pensé: tenir les FrancoFolies pendant les deux dernières semaines d'école, donc pendant les examens du Ministère, les épreuves de fin d'année et les bals de fin d'études, c'était presque s'arranger pour que les familles ne viennent pas. On ne couche pas à 22h30 un enfant qui a un examen le lendemain, même s'il est un fan de Yann Perreau ou de Loco Locass...

Ajoutez à cela que les travaux de construction prenaient fin à 17h seulement, et donc qu'il n'y a eu aucune activité pour enfants cette année, ni tente karaoké ni Petites Tounes ni véritable animation. Bien sûr, les récentes coupes de subvention n'ont pas aidé. Mais ce ne sont pas les subventions qui ont décidé des dates.

Il y a 12 ans

En 1998, les FrancoFolies de Montréal avaient obtenu la permission, pour une année seulement, de tenir leur festival en juin parce que c'était leur 10e anniversaire : les Francos avaient eu lieu du 18 au 27 juin (au grand dam des organisateurs de la Fête nationale, il est vrai). La moitié du festival se passait donc pendant les vacances scolaires. Ce qui n'est pas le cas du 10 au 19, les dates choisies cette année. Alors, que faire?

Depuis leurs débuts en 1989, les FrancoFolies de Montréal ont eu des allures de Transformer musical. Organisées d'abord en novembre, puis en octobre, et enfin en août à partir de 1994, les Francos ont réussi, lentement mais sûrement, à se définir. À devenir un lieu de rencontre pour les amateurs de chansons de tous genres et de tous âges. En 1997, en créant les «mondes», ces zones vouées à un style musical (une section chanson à texte, une autre pour la musique urbaine, une troisième pour l'univers trad, etc.), tout en réaménageant en conséquence les scènes (qui étaient jusque-là empruntées telles quelles au Festival de Jazz), les Francos ont fait un grand pas.

À compter de 2000, le festival s'est affranchi pour de bon des FrancoFolies de La Rochelle (France), dont il était un des rejetons, et s'est doté d'un comité de programmation plus jeune avec l'arrivée de Laurent Saulnier. Il s'est mis à attirer des centaines de milliers de personnes, sur le site et en salle. Et, à intervalles réguliers, quelqu'un lançait: «Si ça pouvait se tenir en juin, ça serait encore plus écoeurant.»

Car nous étions nombreux - et moi la première - à souhaiter que les Francos déménagent en juin: cela permettrait de présenter plus de spectacles d'artistes européens, ce qui compte quand on est un événement voué à la promotion et à la diffusion de la chanson d'expression francophone.

Pour cette 22e mouture, c'est vrai, il y en a eu plus... mais pas de qualité supérieure aux années précédentes : après tout, par le passé, en plein mois d'août, on a vu aux Francos Alain Bashung, Katerine, M, les Rita Mitsouko, Indochine, Rachid Taha, etc. C'était au moins aussi bien que cette année, avec miCkey[3d], Gaëtan Roussel, Jean-Louis Murat et compagnie. Alors, si cet argument de «plus d'Européens» tient plus ou moins la route à l'usage, pourquoi tenir les Francos en juin l'an prochain?

Depuis sa naissance, ce festival a su s'adapter, se transformer, faire face aux critiques et aux coups durs, comme les récentes coupes de subvention à la dernière minute. Il lui faudra peut-être faire preuve, encore une fois, d'inventivité...