Avec le groupe Punk Bop! du batteur américain Ari Hoenig, Tigran Hamasyan débarquait hier au Gesù. Or, son véritable baptême de la scène montréalaise a lieu ce soir et demain, comme un seul homme à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Le jeune Arménien pourrait y générer de violentes secousses pianistiques, pour ainsi s'imposer parmi les révélations de ce 31e FIJM.

Mis à jour le 2 juill. 2010
Alain Brunet LA PRESSE

Né le 17 juillet 1987 à Gyumri, élevé en Arménie, Tigran est devenu un pianiste renommé dans toute l'Europe, et ce dès l'adolescence. En l'an 2000, c'est-à-dire lorsqu'il n'avait que 12 ans, il se faisait remarquer au Festival de jazz d'Erevan par des musiciens étrangers qui y étaient aussi invités - dont Chick Corea. L'année suivante, on l'invitait en France. Par la suite, dans toute l'Europe. Ce qui lui a permis de faire la rencontre de moult pointures du jazz tout en se taillant une réputation de plus en plus considérable.

 

Établi à New York depuis deux ans, il s'imposait parmi les meilleures recrues du jazz international. Il faut écouter ses deux derniers albums, Red Hail et New Era (étiquette Plus Loin Music), pour se rendre compte de son talent phénoménal, porté par un style hybride tout simplement spectaculaire. Cette activité volcanique laisse jaillir le jazz contemporain, le folklore arménien, les ragas indiens ou même le heavy metal!

Comment qualifier tout ça, Tigran?

«J'appelle ça ma musique... Franchement, c'est difficile à dire, car je suis influencé par plein de genres. J'ai grandi en écoutant du jazz mais aussi les groupes classiques du rock, de Black Sabbath à Led Zeppelin, et surtout les groupes de mon époque comme Tool ou Meshuggah. Et aussi la musique arménienne traditionnelle. Actuellement? J'écoute beaucoup de musique classique pour piano - Satie, Chostakovitch, etc.»

Pianiste impétueux, doté d'une attaque redoutable et d'une dextérité à toute épreuve, Tigran Hamasyan présente aussi les qualités d'un compositeur de premier plan.

«Mon vocabulaire, explique-t-il, s'inspire beaucoup du folklore arménien que j'ai toujours étudié en parallèle. Plus que du jazz moderne, en fait. Mon écriture comporte plusieurs lignes mélodiques dans le registre aigu; c'est d'ailleurs pourquoi je préconise l'usage du chant féminin, et c'est pourquoi Areni Agbadian fait partie de mon groupe. Californienne d'origine arménienne, elle connaît parfaitement le folklore arménien, elle a aussi une solide formation en chant classique, elle est d'autant plus capable d'improviser.»

Tigran Hamasyan insiste pour exclure la musique arménienne des folklores balkaniques auxquels l'oreille profane pourrait l'associer à tort.

«Les rythmes arméniens sont plus lourds, ce qui explique peut-être leur compatibilité avec le rock. J'y suis d'ailleurs attaché pour leur énergie et leur pesanteur. De cette musique traditionnelle, je reprends la forme chanson, les gammes modales, la liberté d'improvisation qu'elle suggère. Ça rejaillit sur toute ma musique, que ce soit avec mon groupe ou seul au piano - mon prochain album sera en solo, et lancé au début de 2011.»

Tigran Hamasyan, visiblement, a évité le piège de l'enfant prodige qu'on a tôt fait d'oublier une fois atteint l'âge adulte.

«Très rapidement, corrobore-t-il, j'ai appris à ne pas porter attention aux éloges, à cette pression sur les épaules des jeunes ayant acquis rapidement une bonne technique. Et je sais qu'un bon musicien ne doit jamais s'arrêter. Ne rien tenir pour acquis. Il faut travailler, chercher, trouver, se développer. Sans trop se soucier de ce qu'on en dit.

«Si je suis un jazzman? Je suis un pianiste. Les catégories ne m'intéressent pas.»

C'est un jeune homme de 22 ans qui vous cause sur ce ton. Attention à Tigran Hamasyan!

Tigran Hamasyan se produit ce soir et demain, 19h, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.