De Malajube à Salomé Leclerc, une soixantaine de groupes et artistes ont convergé au neuvième Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. Pas moins de 18 500 entrées, soit 1500 de plus que l'an passé, ont été recensées au terme de l'événement qui s'est conclu dans la nuit de dimanche à lundi. Les organisateurs attribuent cette légère hausse à la température clémente du long week-end et donc d'une affluence accrue aux spectacles extérieurs.

Mis à jour le 5 sept. 2011
Alain Brunet LA PRESSE

Que retirer de cette immersion? Thus: Owls de Suède, Secret Chiefs 3 et Akron Family des USA, Elliott Brood d'Ontario et une majorité de Québécois s'exprimant en français comme en anglais - Duchess Says, Galaxie, le récital surprise et gratuit de Patrick Watson en solo, Sunny Duval...  Hormis quelques exceptions françaises, scandinaves et anglo-américaines, la musique populaire indépendante du Québec a été célébrée par l'événement régional de référence en la matière.

On réalise qu'il est possible de développer en région un public ouvert à moult propositions artistiques évoluant hors du top 40. Qui plus est, un public connaisseur, fier et accueillant. D'aucuns croient à tort qu'une petite ville plantée à 630 km de Montréal consomme exclusivement les produits de la téléréalité musicale ou de la diffusion à la FM commerciale. À Rouyn-Noranda et sa périphérie, on infirme cette perception: plus de 10% de la population se met au parfum de l'éclectisme musical indie, sans décalage apparent (ou si peu) avec la grande ville.

Ainsi, à petite échelle, on peut observer au FME de Rouyn-Noranda la même fragmentation des genres musicaux et leurs auditoires: chanson d'auteur, variantes de pop et rock indies ou expérimentales, électro, expressions françaises et anglaises. Dimanche soir, par exemple, les adeptes locaux de métal et de hip hop ont eu respectivement leur soirée dans des amphithéâtres capables d'accueillir 400 personnes - Petit Théâtre du Vieux Noranda et le Paramount, ancien cinéma reconverti aux arts de la scène. Pendant qu'Alaclair Ensemble mettait le feu et la table pour Manu Militari, Marie-Jo Thério présentait à l'Agora des Arts la toute première relecture publique de son dernier album (d'expression surtout anglaise), l'ambitieux Chasing Lydie.  

Voilà les fruits d'un véritable travail de développement: depuis les années 80, des intervenants acharnés ont créé à Rouyn-Noranda une dynamique propice à la substance culturelle bien au-delà de l'idée qu'on se fait de la culture dominante en région. Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue  (présenté du 29 octobre au 3 novembre prochains) en fut longtemps la plateforme par excellence, existe désormais le FME en septembre sans compter le Festival des guitares du monde en mai.

Sauf exception au Festival de musique émergente, force est d'observer qu'on n'exploite pas la typique salle multifonctionnelle d'une petite ville de région,  amphithéâtre réservé aux artistes confirmés et à la culture institutionnelle ou commerciale. On pense ici au Théâtre du Cuivre, peu propice à la présentation d'événements destinés à 100, 200 ou 300 personnes, c'est-à-dire la taille des publics enclins aux musiques indépendantes.

Abitibien de naissance, cofondateur et président du FMA en plus d'être manager de Karkwa, Sandy Boutin explique que le développement des artistes issus de cette mouvance passe obligatoirement par de petites salles.

«Trop souvent,  soulève-t-il, on débarque dans un club en région et les équipements y sont inadéquats. Idéalement, en fait,  il faudrait une vingtaine de clubs bien équipés et répartis dans toutes les régions du Québec afin que le développement des différentes scènes indies puissse favoriser la circulation et la professionnalisation des artistes émergents ou indépendants.»

Voilà qui a mené Sandy Boutin à convaincre le ministère québécois de la Culture et des Communications, étude à l'appui, de lancer une initiative afin de combler cette carence généralisée hors des grands centres. De passage jeudi dernier au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, la ministre Christine St-Pierre a annoncé que la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC)  gérerait une somme de 200 000 $ afin de «lancer un projet pilote de soutien aux équipements destiné aux lieux de diffusion émergents en région». Un communiqué du ministère rappelle en outre qu'en 2009, près de 750 spectacles présentés dans de tels lieux ont attiré plus de 50 000 personnes hors des grands centres.

Est-il besoin d'ajouter que le FME, qui commémorera son dixième anniversaire en 2012, fait figure de leader en ce sens.

>>> Pour une couverture complète du neuvième FME, consultez le blogue d'Alain Brunet