Après deux ans à la présidence d'honneur du Salon du livre de Montréal, la comédienne Mireille Deyglun ne s'étonne plus que les visiteurs l'abordent comme s'il s'agissait de «son» salon. Elle le prend même plutôt comme un compliment!

Publié le 13 nov. 2010
Marie-Claude Girard LA PRESSE

De son côté, qu'est-ce qui l'amène au Salon pour une troisième année consécutive? «C'est l'atmosphère qui y règne. J'aime tellement passer ces six jours-là à rencontrer les gens. Ce qui m'impressionne beaucoup, c'est l'enthousiasme des auteurs d'être là, autant que celui des lecteurs de les rencontrer.» Elle-même se retrouve à échanger avec les écrivains et les visiteurs. Certains, très connaisseurs, lui font des suggestions de lecture. «Celui-là, c'est le meilleur...»

Les deux premières années, elle a beaucoup appris sur les métiers qui gravitent autour des écrivains, les éditeurs, les distributeurs, les attachés de presse.

Cette année, elle découvre aussi le livre de l'intérieur. Son mari, le journaliste Jean-François Lépine, vient d'écrire la biographie de sa mère, la comédienne Janine Sutto. «J'ai vu le travail colossal que ça prenait. Je pense que je vais le vivre d'autant plus de l'intérieur cette année qu'ils vont être là, au Salon.» À 89 ans, la comédienne a accepté pour la première fois de raconter sa longue et riche carrière, ses années d'enfance. «Elle s'est vraiment confiée beaucoup. Moi, je découvre une autre femme. C'est très troublant», explique Mireille Deyglun.

Comme sa mère, elle est une grande lectrice. Oui, mais une lectrice très hétéroclite, souligne-t-elle.

Elle termine une biographie de Gertrude Stein pour une chronique littéraire à l'émission radiophonique qu'anime Lorraine Pintal à Radio-Canada, dévore Michel Tremblay ou le nouveau Philippe Djian, Incidences. «Je suis allée voir son spectacle au FIL l'année dernière (avec Stephan Eicher). Il nous a lu la première page du roman mais sans savoir où il s'en allait. Et ça, ça m'a fascinée!»

Elle a aimé Parfum de poussière de Rawi Hage et le roman policier Je compte les morts de Geneviève Leclerc. Elle a un faible pour les romans qui se passent en Inde, comme Le tigre blanc d'Aravind Adiga (prix Booker 2008). Le plus beau roman de sa vie? L'équilibre du monde de l'Indo-Canadien Rohinton Mistry.

Sinon, elle découvre des trucs en bouquinant, comme Un prosateur à New York de Göran Tunström, petit roman suédois présenté en français par Nancy Huston. Elle a relu récemment Stefan Zweig. «C'est vraiment un auteur qui ne vieillit pas, qui n'a pas pris une ride. Son dernier roman, publié après sa mort en 1942, Le joueur d'échec, c'est extraordinaire!»

Le thème de cette année, Livre ouvert sur le XXIe siècle, les enjeux de notre société, la touche particulièrement.

«Je ne suis pas moderne du tout. Je ne suis pas du tout Twitter, Facebook. Pour moi, les relations humaines, ça se passe face à face, à la rigueur au téléphone.» Sans nier l'utilité des nouvelles technologies, elle estime que le livre a plus que jamais sa raison d'être. Pour fournir une analyse en profondeur, un espace de réflexion. «Pour permettre aux gens dont c'est le métier de réfléchir sur ce qui se passe sur notre planète. En 140 caractères, on n'a pas beaucoup le temps de faire ça.»

Elle n'est pas pour autant élitiste, au contraire. À ses yeux, il est essentiel que le Salon soit ouvert sur le monde, ouvert à tous. Elle a fait siens les mots de Daniel Pennac: «Lisez, lisez, peu importe ce que vous lisez, mais lisez!» «Je ne suis pas là pour juger mais pour dire que c'est important de lire, que ça fait du bien. Apprendre, dans la vie, c'est quand même un plus. Et on peut lire aussi que pour le plaisir, pour s'évader d'un monde difficile.»