Le Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) peut-il financer un tiers du coût de son agrandissement avec de l'argent privé?

Éric Clément

C'est la question qui émergeait hier, après que la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, eut rejeté le plan du MAC. Elle estime qu'un projet de 88 millions financé à 82 % par de l'argent public n'est pas acceptable «compte tenu de la capacité de l'État de payer».

Si elle reconnaît la nécessité d'agrandir le musée public, Mme St-Pierre l'invite à refaire son montage financier et à démarcher le fédéral pour en arriver à un financement d'un tiers Québec, un tiers Ottawa et un tiers privé.

«On est heureux que la ministre reconnaisse notre besoin d'agrandissement, a affirmé Danielle Legentil, responsable des relations avec les médias au MAC. On est d'accord avec un tiers, un tiers, un tiers. On entend l'effort supplémentaire que réclame la ministre.»

À la recherche d'un mécène

«Il y a clairement une invitation au secteur privé québécois, mais surtout montréalais, à se manifester davantage en faveur du Musée d'art contemporain, ajoute Simon Brault, président de Culture Montréal. Je trouve que c'est bien que ce message soit lancé, car à Montréal, on le voit avec des statistiques, bien qu'on soit en période de crise, le marché de l'art contemporain fonctionne bien.»

Pour Simon Brault, chercher à ce que le projet soit financé à 33 % par le privé, «c'est énorme sur la base d'un projet de 88 millions», mais réalisable si l'on ramène le projet à 50 millions.

Le MAC peut-il compter sur la contribution d'un mécène comme cela a été le cas au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) avec la famille Bourgie, lors de la création du pavillon d'art canadien et québécois, ou au Musée national des beaux-arts du Québec auquel l'homme d'affaires Pierre Lassonde a décidé de donner 10 millions pour un projet d'agrandissement de 100 millions?

Pour l'instant, aucun mécène ne s'est fait connaître pour mener une campagne de financement, comme Pierre Lassonde l'a fait à Québec, où l'objectif de la campagne est de réunir 33 % des 100 millions.

Avec le poids économique de Montréal, on peut raisonnablement s'attendre à ce que le MAC en recueille autant. «On devrait pouvoir recueillir 33 millions, dit le collectionneur Maurice Forget. À Toronto, le AGO (Art Galery of Ontario) a eu bien plus d'argent que ça, mais ici, c'est un défi majeur. Le musée étant un musée d'État, il n'a jamais pénétré la croûte artistique, économique et communautaire de Montréal comme l'a fait le MBAM.»

François Dufresne, président du C.A. de la Fondation du MACM, estime toutefois qu'il y a, à Montréal, «des organisations, des entreprises, des hommes et des femmes qui ont des ressources pour faire une bonne partie du chemin et atteindre un tiers du financement».

«Le musée est une des plus grandes institutions d'art contemporain au Canada, dit M. Dufresne. Je pense qu'on peut attirer quelqu'un qui sera emballé par ce projet.»

Mme St-Pierre a dit à La Presse que le MAC se trouve dans une belle période pour demander l'aide fédérale. «En 2017, c'est le 375e anniversaire de Montréal, le 150e anniversaire du Canada et le 50e anniversaire d'Expo 67, dit-elle. Parfois, on peut saisir une occasion...»

Invité à commenter ce dossier, le ministre fédéral du Patrimoine canadien, James Moore, n'a pas rappelé La Presse.