L'Arsenal inaugure aujourd'hui une petite partie de son nouvel et gigantesque espace d'art contemporain créé dans Griffintown avec le vernissage de l'exposition de l'artiste américaine Allison Schulnik dans la galerie Division, et la présentation de la collection des propriétaires de L'Arsenal, Pierre et Anne-Marie Trahan, dans l'espace Majudia.

Mis à jour le 14 mai 2011
Éric Clément LA PRESSE

Quand on dit que ça bouge dans l'art contemporain à Montréal, ce n'est pas du vent. Nos artistes rivalisent de succès à l'étranger. Les événements d'art moderne deviennent populaires et les Québécois collectionnent de plus en plus des oeuvres pour décorer leur intérieur. Et ça bouge aussi du côté des grands collectionneurs qui veulent partager leur amour de l'art.

Le projet de l'homme d'affaires Pierre Trahan et de sa conjointe Anne-Marie Trahan de créer un immense centre d'art contemporain dans Griffintown se concrétise aujourd'hui avec l'ouverture au public de la galerie Division, un des espaces de L'Arsenal.

La Presse est allée y faire un tour jeudi. En attendant que la Ville de Montréal inaugure la navette promise dans Griffintown pour suppléer au tramway, il ne faut pas prendre la rue William pour s'y rendre, à cause des travaux routiers, mais emprunter la rue Notre-Dame Ouest jusqu'à la rue Canning.

Quand on arrive sur les lieux, l'endroit est impressionnant. Le bâtiment centenaire de 40 000 pi2 a longtemps abrité un chantier de bateaux puis des conteneurs. Il a l'ampleur d'une nef de cathédrale où l'on pourra bientôt s'agenouiller devant des oeuvres monumentales.

«Nous avons décidé de créer ce lieu pour mettre l'art contemporain sur la map, dit Pierre Trahan. Cet art est mal compris. On veut montrer ce qui se vend et ce qui distingue le vrai art de la décoration sur papier, un message qui est encore très mal véhiculé.»

«L'Arsenal est un lieu de synergie créé par un mécène qui décide d'avoir plusieurs approches, entre l'événementiel, la collection privée, l'exposition et la vente», ajoute Hugues Charbonneau, responsable de la galerie Division.

Allison Schulnik

L'Arsenal comprend, au rez-de-chaussée, un immense espace qui accueillera l'automne prochain une grande partie du Mois de la photo, organisé du 8 septembre au 9 octobre. Une grande pièce est aussi prévue pour accueillir un artiste en résidence et une autre pour organiser des conférences. Situé tout près du canal de Lachine, cet espace sera inauguré avant la fin de l'été.

À l'étage, un immense couloir présente la collection Majudia du couple Trahan. Jeudi, le personnel de la galerie installait notamment les oeuvres de Marc Séguin, Dil Hildebrand, Sophie Jodoin, Nicolas Baier, Pierre Dorion, Marcel Dzama et Kim Dorland, donnant naissance à cet espace consacré aux concepteurs de la modernité artistique.

Au fond du couloir, on débouche sur deux immenses espaces, notamment. Le premier est occupé dès aujourd'hui par les oeuvres d'Allison Schulnik. Le second deviendra la nouvelle galerie de René Blouin quand celui-ci déménagera ses oeuvres du Belgo cet été.

L'exposition Allison Schulnik: performance est un bel événement pour étrenner ce nouveau lieu. La Californienne est connue pour avoir réalisé une vidéo d'animation, Forest, commandée par le groupe de musique new-yorkais Grizzly Bear pour sa chanson Ready, Able.

Il suffit de taper ces deux mots dans YouTube pour voir cette vidéo, comme plus d'un million d'internautes. Et pour cause, elle est de toute beauté.

«J'ai utilisé de l'argile pour réaliser cette vidéo, qui a requis pas mal de temps à préparer vu que c'est du 24 images par seconde», explique l'artiste. L'oeuvre est d'ailleurs projetée dans la salle d'événements de L'Arsenal sur grand écran à partir d'aujourd'hui.

Âgée de 33 ans, Allison Schulnik a apporté avec elle 14 peintures de sa dernière période, des oeuvres qu'elle produit souvent à partir de photographies qu'elle prend de sa famille, de ses amis et aussi des sans-abri et des clochards de Los Angeles où elle demeure.

«Je ne cherche pas à exploiter les défauts de ces personnages, mais à trouver la bravoure dans l'adversité», dit-elle, ajoutant qu'elle travaille assez vite, cherchant à capter les gestes et les expressions de ses modèles rencontrés au hasard et à rendre un côté théâtral dans sa peinture.

Quand ses toiles sont sombres, elle parvient avec talent à en faire surgir de la lumière, notamment les yeux des marginaux ou des loups qui ont des airs de personnages fantastiques. «Même si cela peut paraître sombre, il y a beaucoup de couleurs pour obtenir cet aspect», dit-elle.

Quand la toile est claire, les faces de clowns, d'êtres bizarres ou difformes, ou de personnages sortis de contes d'Halloween n'expriment jamais de l'agressivité mais une humanité et beaucoup d'empathie.

Allison Schulnik: Performance, du 14 mai au 18 juin, à L'Arsenal, 2020, rue William www.galeriedivision.com