Un crâne humain géant au coeur d'une église en ruines. Des fours crématoires remplis d'un empâtement de peintures. Un assassin célèbre. Un pape... Le Québécois Marc Séguin présente sa toute première exposition solo dans une galerie de la mythique 24e Rue, dans le quartier Chelsea, à New York.

Mis à jour le 28 mars 2011
Esther Bégin, collaboration spéciale LA PRESSE

Avec Failures (Échecs), exposée à la galerie Mike Weiss, Séguin dispose maintenant d'une vitrine sur l'une des artères les plus importantes du milieu international de l'art contemporain.

«Il y a un snobisme ici selon l'étage où vos toiles sont exposées. Notez que les miennes se trouvent au niveau de la rue (le plus prisé)», lance en riant Marc Séguin qui, malgré la dureté de son oeuvre, ne manque pas d'humour!

Failures demeure fidèle à son style: des toiles aux images hautement symboliques réalisées avec des cendres et de l'huile. Beaucoup de gris et de noir. Une finition très photographique.

Dans la blanche et belle galerie Mike Weiss, le vernissage (jeudi dernier) a attiré pas moins de 1600 visiteurs, dont quelques-uns des plus grands collectionneurs privés en ville: Michael Hort, Eileen Kaminsky, Eyal Levy...

«C'est très difficile de reproduire un style aussi photographique», explique Eyal Levy, devant une toile de Séguin présentant le corps d'une jeune fille tatoué du sceau de la marine américaine. «Séguin a une touche très sensuelle», ajoute le collectionneur, qui possède des oeuvres d'Andy Warhol.

Après 3 jours d'exposition, 14 des 22 oeuvres de la série Failures avaient déjà trouvé preneur: trois portraits de Lee Harvey Oswall à 3800 $ chacun, le canevas d'un corbeau en vol à 14 000 $... Même le crâne humain et l'église en ruine sont partis pour 52 000 $.

«Bien sûr, une exposition comme celle de Marc comporte sa part de risques, avoue le galeriste Mike Weiss, évoquant les références à l'Holocauste et à l'Allemagne nazie dans l'oeuvre de Séguin. Le risque est non seulement pour la galerie, mais aussi pour ses visiteurs confrontés à leurs démons personnels.»

Séguin dit s'attaquer à tous ces symboles pour montrer que rien ne change. «Malgré les progrès technologiques et les avancées scientifiques, il y a encore des génocides, des guerres, des dictateurs. Ce n'est jamais réglé», dit-il.

Autre fait singulier dans la démarche de l'artiste: il peint avec des cendres humaines. «Quatre amis ont déjà prévu dans leur testament me léguer leurs cendres pour que j'en fasse des oeuvres d'art après leur mort», révèle-t-il.

Failures se poursuit jusqu'au 30 avril à la galerie Mike Weiss. Entre-temps, Bull's Eye, un peintre à l'affût, documentaire du réalisateur Bruno Boulianne sur Marc Séguin, sera présenté dans la Big Apple, à l'Anthology Film Archives, le 20 avril.

Mais pour Séguin, le monde ne s'arrête pas à New York. Trois de ses oeuvres seront exposées sous peu à la prestigieuse exposition Big Brother du Musée d'art contemporain de Dinard. Il se mesurera aux Cindy Sherman, Jenny Holzer et William Kentridge, les plus grandes vedettes internationales de l'art contemporain.

«Faire partie d'une liste aussi sélecte constitue une extraordinaire promotion», avoue Séguin. «Il y aura 29 stars et moi!» conclut l'artiste, avec humilité et humour.