Le Musée des Beaux-arts de Montréal a présenté à la presse, hier, la toile Allégorie de la terre et de l'eau du peintre flamand Jan Brueghel le Jeune, qui avait été volée à la famille du galeriste Max Stern par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Publié le 9 déc. 2010
Éric Clément LA PRESSE

Le père du galeriste montréalais d'origine allemande Max Stern possédait une galerie à Düsseldorf quand les nazis ont spolié la famille Stern de centaines d'oeuvres d'art à cause de leur confession juive. Max Stern a quitté l'Allemagne pour Londres en 1935 puis pour Montréal où il est devenu à son tour collectionneur et marchand d'art. Il est mort en 1987.

N'ayant pas eu d'enfant, M. Stern a légué ses oeuvres d'art aux Universités Concordia et McGill de Montréal et à l'Université hébraïque de Jérusalem, qui tentent aussi de récupérer celles qui ont été volées dans les années 30.

À l'Université Concordia, Clarence Epstein travaille sans relâche à cette fin au sein du Projet de restitution des oeuvres de la collection Max-Stern, en étroite collaboration avec la police Interpol. Hier, la rectrice et vice-chancelière de Concordia, Judith Woodsworth, a rendu hommage à M. Epstein pour l'énergie qu'il a déployée pour récupérer la toile de Jan Brueghel le Jeune qui se trouvait... aux Pays-Bas.

En 2005, le Bureau des demandes d'indemnisations liées à la Shoah, du département des Banques de l'État de New York, a découvert qu'Allégorie de la terre et de l'eau se trouvait sur la liste de la Commission néerlandaise «Origines inconnues» qui enquête sur l'origine de certains tableaux des collections nationales des Pays-Bas.

Après enquête, le Comité des restitutions néerlandais a découvert qu'une fois volée, la toile s'est retrouvée dans les mains d'un marchand d'art néerlandais, Jan Dick fils, qui servait d'intermédiaire aux nazis. Puis, l'oeuvre a été transférée au Musée d'art de Hambourg avant que les Alliés ne la renvoient au pays natal de Brueghel, à la fin de la guerre.

La toile vient de quitter le Musée du Brabant-Septentrional, à Bois-le-Duc (Den Bosch), aux Pays-Bas, pour le Musée des Beaux-arts de Montréal.

Allégorie de la terre et de l'eau est typique du style bucolique de Jan Brueghel le Jeune (1601-1678), un artiste issu de la célèbre famille de peintres flamands Brueghel qui a donné Pieter Brueghel l'Ancien (son grand-père), Peter Brueghel le Jeune (son oncle), Jan Brueghel l'Ancien (son père) et Abraham Brueghel (son fils).

Il s'agit d'une toile paysagiste très détaillée. Deux jeunes filles assises à l'orée d'un bois rendent hommage à la terre et à l'eau. À leurs pieds abondent animaux terrestres et aquatiques, tandis qu'au loin Neptune conduit son chariot marin.

Long voyage

«C'est la huitième toile à être retournée aux universités héritières, a dit à La Presse Michael Polak, consul honoraire du Royaume des Pays-Bas à Montréal. Mais c'est la première fois qu'un gouvernement restitue ainsi une oeuvre à la succession. Je suis très fier de notre gouvernement. Tous les gouvernements du monde doivent faire en sorte que les oeuvres volées par les nazis soient redonnées aux vrais propriétaires.»

La rectrice Woodsworth a fait remarquer qu'il s'agit de «la fin d'un long voyage pour cette peinture». «Les crimes du passé ne peuvent pas et ne seront pas oubliés», a-t-elle dit. L'an dernier, un jugement émis par la Cour fédérale des États-Unis avait ordonné à une baronne allemande de rendre la toile Jeune fille sabine, de Franz Xaver Winterhalter, à la succession Max-Stern.