Yoko Ono a fait son lit à Montréal. C'est ici, en 1969 lors de leur célèbre bed-in, que John Lennon et elle, ont résolument décidé d'entreprendre leur longue route créative pour la paix.

Mario Cloutier LA PRESSE

«C'est à Montréal que nous avons fait notre lit et c'était pour la vie», a déclaré l'artiste de 76 ans hier, lors de la conférence de presse marquant le début de l'exposition Imagine - La ballade pour la paix de John et Yoko qui se déroulera jusqu'au 21 juin au Musée des beaux-arts de Montréal.L'événement médiatique a accueilli plus d'une cinquantaine de journalistes, dont une douzaine des États-Unis (un représentant de Rolling Stone était sur place), et d'Europe. Yoko Ono a répondu aux questions de journalistes pendant une dizaine de minutes. Elle en a profité pour réitérer son message de paix.

«C'est très important pour la paix de passer à l'action», a-t-elle souligné avant d'ajouter que «l'exposition du MBAM représente une grande déclaration en faveur de la paix dans le monde, le début d'une nouvelle ère qui commence maintenant».

Au coeur d'une exposition où le blanc est la couleur prépondérante, la lauréate d'un Lion d'or à la prochaine Biennale de Venise est apparue toute de noir vêtue. En pleine forme, elle y est allée de quelques réflexions métaphoriques sur la paix à l'égard des gens, qui, comme elle, souhaitent vivre dans un monde meilleur.

«Être soi-même aide beaucoup, a-t-elle expliqué. Nous sommes faits d'eau à 90 %. Si nous purifions cette eau et devenons, chacun de nous, une oasis, nous pourrons donner au monde qui nous entoure. Et le monde n'en sera que plus beau.»

Exposition gratuite

La présentation gratuite du musée, un «acte révolutionnaire» en soi selon Yoko Ono, comprend plus de 140 oeuvres: photographies, vidéos, musique, dessins et art participatif. Plusieurs proviennent de la collection personnelle de Yoko Ono et sont réparties selon huit thèmes ou autant de temps forts de la vie artistique de John et Yoko.

«Le bed-in a été un véritable ovni dans l'histoire de l'art. Pour Yoko Ono, c'est un chapitre de plus qu'elle écrit avec cette exposition, pense la commissaire Emma Lavigne, du Centre Pompidou à Paris. La directrice du MBAM, Nathalie Bondil, a insisté sur «l'oeuvre collective» que représente l'exposition, dont le message sera relayé dans le métro de Montréal, par diverses activités d'art public et un site web comprenant des inédits.

Le programme sera complété par la présentation de quatre conférences et la projection d'une douzaine de films au cours des prochaines semaines.

La paix en huit étapes...

L'exposition Imagine - La ballade pour la paix de John et Yoko comprend huit thèmes suivant le processus de création entre deux artistes très différents au départ, mais qui ont créé, ensemble, un message universel autour de la paix.> L'introduction

Les voix de John et Yoko se font entendre. Ils ne se connaissent pas encore, mais ils s'appellent déjà. Photos géantes des deux artistes à diverses étapes de leur vie.

> La rencontre

John raconte sa visite d'une exposition de Yoko Ono à Londres en 1966. «J'ai trouvé ça fantastique. J'ai tout de suite pigé l'humour de son travail», dira-t-il. La performance Cut Piece, où Yoko invite le public à découper ses vêtements, est projetée sur écran.

> Oeuvres à quatre mains

Dans cette pièce blanche, musiques pop et expérimentale de John et Yoko se font entendre. Des films avant-gardistes et méconnus, comme le superbe Apotheosis et Two Virgins, sont présentés.

> Bed-In

Un lit plus blanc que blanc et une chanson: Give Peace a Chance. La pièce comprend également des dessins érotiques de John, en plus de sa guitare, et un écran géant sur lequel sont projetées des images de l'événement qui a duré une semaine.

> «War is over

Des affiches tapissent les murs de la pièce. Au centre, plusieurs écrans de télévision suspendus font voir des images d'actualités sur la guerre du Vietnam, l'Expo 1967 à Montréal, Jane Fonda, le discours d'investiture de Kennedy, des entrevues avec John et Yoko, la crise d'Octobre, etc.

> Imagine

La scénographie évoque la résidence de John et Yoko en Angleterre. Au centre de la pièce: un piano blanc, une réplique de celui d'Imagine, deuxième album solo de John, dont la chanson titre était inspirée du livre de haïkus, Grapefruit, publié par Yoko en 1964.

> New York City

John et Yoko déménagent à New York, la «Rome d'aujourd'hui», selon l'ex-Beatle. Dans cette salle, on comprend que l'oeuvre du couple est grandement liée aux médias et à une actualité qui nourrit continuellement leur message de paix.

> «Imagine Peace»

On y trouve une bibliothèque imposante de livres sur la paix. Et trois propositions interactives de Yoko: le téléphone qui lui servira à échanger avec le public une fois par jour, une longue table de jeu d'échecs dont toutes les pièces sont blanches et un Wish Tree où les visiteurs peuvent inscrire un message destiné à la postérité.

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Imagine - La ballade pour la paix de John et Yoko ouvre ses portes demain et se poursuit jusqu'au 21 juin au Musée des beaux-arts de Montréal. Entrée libre.