Le Musée des beaux-arts de Montréal présente du 2 avril au 21 juin Imagine. la ballade pour la paix de John et Yoko. Action. Exposition. Les deux s'entremêlent pour ne former qu'un, comme le couple Ono-Lennon. Bâtie autour du bed-in tenu il y a 40 ans à Montréal, la proposition muséale, exclusive à Montréal et gratuite en tout temps, sera autant auditive que visuelle puisque le couple a chanté la paix sur tous les tons. C'est beaucoup en son et en musique que Yoko Ono a aussi marqué l'art contemporain.

Mario Cloutier LA PRESSE

Dans le coin gauche, la directrice du Musée des beaux-arts, Nathalie Bondil, affirme qu'Imagine. La ballade pour la paix de John et Yoko représente une action de son institution en faveur de la paix. Dans le coin droit, la commissaire Emma Lavigne souligne que c'est une exposition où «l'art et la musique permettent d'entrer dans une oeuvre à quatre mains extrêmement belle et intemporelle».

 

Yoko Ono, qui y a collaboré, ajouterait sans doute que la présentation concilie justement l'art et le message, comme elle s'y est appliquée avec John Lennon pendant des années. Rarement aura-t-on vu, dans l'histoire de l'art, une oeuvre à deux aussi assumée et cohérente dans sa démarche et son esthétique.

«L'histoire que John vivait avec Yoko était dans tous les médias. Il n'y pas d'autres exemples où un mouvement underground new-yorkais, d'où provenait Yoko, a eu une telle résonance planétaire parce que c'était l'union d'une rock star et d'une grande artiste provenant de la contre-culture. Un vrai coup de canon», décrit Nathalie Bondil.

Cette explosion, dont le point culminant aura été le bed-in pour la paix du 26 mai au 2 juin 1969 à Montréal, trouvera un écho approprié dans une exposition qui mise beaucoup sur le son, les voix et la musique.

«Une exposition est une expérience multi-sensorielle. La vue, l'émotion, l'ouïe et le souvenir vont faire en sorte que les gens vont s'emparer de l'histoire de Yoko et John, qui est un conte sur la capacité de l'amour à transcender la vie», explique la commissaire de l'exposition, Emma Lavigne.

Conservatrice au Centre Pompidou de Paris, Mme Lavigne croit que la proposition montréalaise dégagera une émotion permettant une prise de conscience, notamment politique. Pour y arriver: la trame sonore du parcours. Co-commissaire de Warhol Live, au MBAM aussi, Mme Lavigne a travaillé, avec Thiery Planelle, à partir d'immenses archives sonores.

Ainsi, les visiteurs entendront évidemment la musique de John et Yoko, mais aussi leur voix dans d'autres contextes. Ils pourront jouer la partition d'Imagine sur un piano blanc et, une fois par jour à une heure indéterminée, parler au téléphone avec Yoko Ono.

La force de l'art conceptuel et minimaliste de celle qui a débuté au sein du mouvement Fluxus dans les années 60 réside justement dans le fait qu'il est relationnel, explique Emma Lavigne. «Il est échange, dialogue, relation.»

Aux yeux de Marie Fraser, professeure d'histoire de l'art à l'UQAM, «Fluxus a tenté de redéfinir la relation entre l'oeuvre, l'artiste et le public. On travaillait sur des oeuvres participatives et une implication du spectateur».

De là son utilité et sa facilité à transmettre des messages.

«Le musée se sert d'une performance artistique, survenue il y a 40 ans à Montréal, qui garde toute sa pertinence, dit Nathalie Bondil. C'était la guerre du Vietnam, c'est la guerre en Irak maintenant. L'action conserve son acuité.»

Parcours

L'exposition comprend 140 oeuvres, dont plusieurs prêtées exceptionnellement par Yoko Ono: dessins, photos, vidéos, films et disques. Elle est parsemée de huit stations qui vont de la rencontre entre les deux artistes en 1966 à Imagine Peace, une idée de Yoko aux formes multiples comprenant, entre autres, un jeu d'échecs anti-conflit où toutes les pièces sont blanches et un Wish Tree.

Le bed-in représente évidemment un moment fort de l'exposition. Les visiteurs pourront prendre place sur un lit entouré de lithographies érotiques de John, pour écouter trois versions de l'hymne pacifiste par excellence, Give peace a chance.

«Le bed-in, en 1969, c'est un moment charnière, ajoute Emma Lavigne. Un an plus tard, l'événement aurait été dépassé. Un an plus tôt et on l'aurait vu simplement sous l'angle amour et paix. Dans l'immédiateté et l'urgence, il fallait passer à l'action, ce qu'ils ont fait.»

Yoko Ono

L'exposition permet aussi à la pratique artistique de Yoko Ono, longue de près de 60 ans, de sortir de sa coquille avant-gardiste. Souvent en référence ou en hommage à John Lennon, cet art reste méconnu.

«La performance Cut Piece est un repère dans le monde de la performance, souligne Marie Fraser, parce qu'elle engage le public à la dévêtir. C'est extrêmement provocateur. En art féministe, c'est incontournable.»

Les deux artistes ont produit ensemble énormément d'images, de films et de musique (voir autre texte). Mais hors de l'époque, de l'importance de John et des Beatles, il est temps aujourd'hui de réhabiliter l'héritage de Yoko Ono.

«Il y a un discours brutal qui dit que l'avant-garde c'est de la merde, dit Emma Lavigne. C'est une peur et un regard négatif sur ce qui fait partie de l'histoire de l'art. Je suis souvent stupéfaite de voir comment un album comme le Plastic Ono Band, qui comporte des chefs-d'oeuvre, reste incompris.»

Elle croit que les réactions négatives à l'égard de Yoko ont pris naissance dans un sentiment de racisme non éteint dans les années 60.

«À l'époque, dit-elle, plusieurs la décrivaient comme la «Jap» ou la «Jaune». En 1966 à Londres, il y a encore des séquelles de bombardements, et aux États-Unis subsiste l'odeur des camps où s'entassaient les Japonais durant la guerre. Donc, Yoko est identifiée au camp ennemi.»

L'exposition du MBAM tentera de remettre les pendules à l'heure de la paix au moment «où il est important de parler des valeurs auxquelles on croit», croit Nathalie Bondil.

Imagine. La ballade pour la paix de John et Yoko, du 2 avril au 21 juin, au Musée des beaux-arts de Montréal.