Faire face à de vraies accusations parce que vos films de fiction sont trop réalistes, c'est quasiment un compliment pour un maquilleur spécialisé en horreur. Mais Rémy Couture se serait bien passé de cette reconnaissance, qui l'a mené au palais de justice tout en le propulsant à l'avant-scène médiatique.

Christiane Desjardins LA PRESSE

«C'est un stress», a admis l'homme de 33 ans, mercredi, alors qu'il attendait de comparaître au palais de justice de Montréal. Il espérait que la Couronne changerait d'idée et retirerait ses accusations, mais son souhait ne s'est pas matérialisé. Il a brièvement comparu devant le juge Jean-Paul Braun et a plaidé non coupable. Son avocat, Dominique Bouchard, a demandé que son client ait un procès devant jury, en évitant l'étape de l'enquête préliminaire. La date du procès reste à fixer. M. Couture, alias RemyFX, fait face à trois accusations de corruption de moeurs par distribution de matériel obscène.

Ces accusations concernent des photos et deux courts métrages que l'accusé a mis en ligne sur un site consacré à l'horreur ainsi que sur son site personnel. Entre autres choses, il y montrait un tueur en série à l'oeuvre. «En lisant sur les tueurs en série, j'ai voulu représenter leur univers sordide. Je recrée des scènes de meurtre», a expliqué M. Couture.

Il s'agissait de crimes inventés et non de reproductions de vrais crimes, assure le maquilleur et spécialiste en effets spéciaux, qui s'intéresse à cette forme artistique depuis quatre ou cinq ans. Il considère ses productions comme des cartes de visite, un portfolio pour faire sa propre promotion. Autodidacte, il a travaillé à quelques productions à ce jour, comme La Momie 3, Nuit au musée, dit-il.

Les productions en litige seraient en ligne depuis quelques années déjà, selon M. Couture. Les problèmes ont commencé quand Interpol a alerté la police de Montréal. Au mois d'octobre 2009, M. Couture a reçu sur son site un message d'un couple qui voulait apparemment obtenir ses services pour Halloween. M. Couture a répondu. Les «clients» sont venus chez lui. Il s'agissait en fait d'agents doubles de la police, qui l'ont arrêté. On a perquisitionné dans son domicile et saisi des objets. Le ministère public a ensuite mis près d'un an à porter des accusations.

M. Couture aurait été prêt à rendre son site moins accessible, par l'utilisation d'un mot de passe, par exemple, si cela avait pu satisfaire le ministère public. Mais il doit se résoudre à avoir un procès. Il voit cette affaire comme une atteinte à la liberté artistique. Il est d'ailleurs appuyé par plusieurs artistes, notamment Richard Desjardins, le comédien Julien Poulin, l'écrivain Patrick Sénécal, les réalisateurs Simon-Olivier Fecteau et Éric Tessier.