Étonnante. Surprenante. Voilà comment plusieurs élus et organisateurs du milieu artistique qualifient la récente étude classant Montréal à l'avant-dernier rang du palmarès des villes canadiennes en ce qui concerne la consommation culturelle de ses habitants. Selon eux, Montréal demeure d'abord et avant tout une métropole culturelle d'envergure internationale.

Mis à jour le 1er juin 2010
Nathaëlle Morissette LA PRESSE

Or, à la lumière d'un classement publié récemment dans le magazine Maclean's - réalisé à partir des résultats d'une étude menée par le Conseil canadien sur l'apprentissage (CCA), celle qui se fait maintenant appeler «la ville des festivals» obtient une bien mauvaise note au chapitre de la participation culturelle de ses habitants. Sur un total de 18, elle occupe la 17e position, tout juste avant le Cap Breton. Victoria et Saskatoon arrivent en tête.

«Quand on comparera des comparables, peut-être qu'on s'apercevra à ce moment-là que Montréal est incomparable, a lancé hier le maire de Montréal, Gérald Tremblay, entraînant du coup les applaudissements des différents représentants du milieu culturel, présents lors d'un point de presse annonçant la création d'un collectif de festivals. Il n'y a pas une ville aussi importante au Canada qui a fait plus pour la culture. Pour moi, Montréal, ce n'est pas juste une question de consommation, c'est une question de créateurs.»

M. Tremblay déplore du même souffle le fait que l'étude, qui a analysé la consommation culturelle des gens dans les domaines des livres, des arts de la scène et de la fréquentation des musées, n'ait pas tenu compte de la participation massive de la population aux nombreux spectacles extérieurs gratuits, par exemple.

Pour sa part, la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, s'étonne elle aussi de la piètre performance de la métropole. Elle estime toutefois qu'il s'agit là d'un signal indiquant que des efforts doivent être faits pour inciter les gens à assister à un concert ou encore à déambuler dans les musées.

«J'avoue que ça m'étonne énormément. Je pense que Montréal devrait, en principe, bien se situer par rapport à la consommation des biens culturels, a-t-elle dit. Cependant, on sait qu'il faut développer les publics davantage. C'est pour ça qu'on travaille beaucoup pour la culture à l'école. L'offre est abondante, elle amène les gens à consommer beaucoup.»

Mme St-Pierre rappelle aussi qu'en octroyant 92 $ par habitant, le gouvernement québécois investit presque deux fois plus dans la culture que toutes les autres provinces canadiennes. En Ontario, on injecte 32 $ par habitant, alors que la moyenne canadienne se situe à 49 $.

À l'instar du maire de Montréal et de la ministre de la Culture, le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, comprend mal les résultats de l'étude. «Il y a quelque chose d'un peu troublant à penser que Saskatoon - qui occupe la deuxième position - a de l'avance sur nous en culture. De toute façon, ajoute-t-il, je pense que l'avenir du Québec, quant à sa créativité, passe par l'exportation et par le tourisme.»