Les festivités de la fin d'année d'Éric Lapointe ont un tout autre goût cette année, pour les raisons qu'on devine. L'emblématique rockeur québécois, qui a traversé son propre long désert au début de l'année qui se termine, est désormais condamné à fêter Noël... à sec. Contrairement à sa horde de fans, qui ont comblé le Métropolis de joie et de houblon.

Mis à jour le 21 déc. 2009
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

C'est ingrat, mais c'est comme ça. Et c'est tant mieux, devons-nous ajouter. Éric Lapointe, pour la première fois de sa vie de rock star, célébrera Noël (mercredi, à la salle Albert-Rousseau de Québec) et la nouvelle année (le 31 décembre, au Métropolis de nouveau) dans un autre «fuseau éthylique» que la grande majorité de ses fans.

Rappelons les faits, au risque de nous répéter. Fin janvier dernier, Lapointe a entamé un périlleux séjour à l'hôpital, conséquence de tous ces excès qui font, en partie, la légende des rock stars de sa trempe. Du genre de séjour dont on ne s'extrait qu'à condition d'être sage pour le restant de ses jours. Un combat quotidien, ne pouvons-nous que présumer.

Et un combat que Lapointe semble vouloir mener de front. Solide comme le roc, il a donné un vrai de vrai spectacle, et non pas ce genre de happening «à la bonne franquette», un peu tout croche mais sympa, qu'il avait pris l'habitude de donner lors de telles occasions. Samedi soir, pour le premier des trois Party des Fêtes qu'il offrait, très bien accompagné de Marjo et Marie-Mai, Éric Lapointe a donné l'un des ses meilleurs concerts, de récente mémoire.

Car nous y étions, l'année dernière, au Centre Bell, le soir du 31 décembre. Avec ses fans, avec sa tribu d'amis musiciens qui déambulaient sur la grande scène pour nous faire traverser jusqu'à la nouvelle année à grands coups de pied au derrière. Lapointe, à l'époque, aurait eu besoin d'y être transporté, tant il avait du mal à se tenir sur ses jambes durant toute la soirée... Ç'en était navrant.

Sa soirée

Samedi soir, un Lapointe en grande forme a dirigé cette soirée, davantage la sienne que celle de ses deux amies chanteuses, d'ailleurs, qui ont néanmoins eu l'occasion de pousser leurs succès devant un public plus ou moins réceptif, festivités aidant.

Seule référence aux fiestas d'antan, l'introduction au spectacle par l'inénarrable Minuit Chrétien, version musclée, bien entendu.

C'est ingrat, mais c'est comme ça. Il semble qu'un séjour ait fait le plus grand bien au rockeur, droit sur ses pieds, fort et juste en voix, la guitare solidement maintenue, imposant et souverain sur scène. Même si le bar ne dérougissait pas et que ses fans ont convergé vers le Métropolis avec la même intention que les années précédentes, le Lapointe nouveau, lui, servait ses fans, avant de se servir lui-même une couple de froides.

Le Métropolis était bondé et accueillait son messie avec cris et réjouissances. C'était la fête, dans la foule et sur scène, avec son bataillon de musiciens - dont une puissante section de cuivres de six instrumentistes - et ses deux amours, Marie-Mai et Marjo, celle-ci particulièrement en voix ce soir-là, applaudie avec l'honneur qu'on lui doit lorsqu'elle entonnait Illégale, pour ne nommer que ce succès.

Le Party des Fêtes de Lapointe était chaleureux, intense, alors que le rockeur, toujours aussi près de ses fans, a offert une performance exemplaire. La petite passerelle installée au bout de la scène renforçait le sentiment de proximité. Généreux, Lapointe, faut-il souligner: alors qu'au parterre, on levait son verre, lui, à sec, chantait fort pour ses fêtards.

On lui souhaite une bien meilleure nouvelle année.