Les documents audiovisuels (CD et DVD) gagnent en popularité dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal. Ils occupent une proportion de plus en plus grande des acquisitions et des emprunts.

Paul Journet LA PRESSE

De 2006 à 2008, le nombre de documents audiovisuels ajoutés annuellement à la collection est passé de 9926 à 37 931. Leur proportion dans l'ensemble des acquisitions a ainsi augmenté de 3 à 11,7 % durant la même période - pour les 44 bibliothèques du réseau de la Ville de Montréal, qui ne comprend pas la Grande Bibliothèque, les CD et DVD représentent chaque année environ 6% du budget des acquisitions.

En comparaison, l'achat de livres a beaucoup moins augmenté dans le réseau. Durant la même période, le nombre de livres achetés est passé de 278 589 à 286 137.

Les bibliothèques s'éloignent-elles de leur mandat? Louise Guillemette-Labory, directrice associée du réseau, assure que non. «Avec (le démantèlement de) la Ville de Montréal en 2006, plusieurs arrondissements ont voulu se bâtir une collection audiovisuelle. Ils partaient de zéro, donc il y avait du retard à combler. Cela explique ces chiffres.» Elle ajoute que les DVD et les CD «font aussi partie de la culture. C'est normal que les bibliothèques en offrent.»

Elle rappelle également que le réseau n'a pas abandonné l'objectif de 3 livres par habitant (fixé en 1998 par la Politique de la lecture et du livre du ministère de la Culture et des Communications). Montréal compte actuellement 2,1 livres par habitant, et espère atteindre la cible comme prévu pour 2017.

Mme Guillemette-Labory répond ainsi aux critiques formulées lundi dernier dans les pages Forum de La Presse. Laurent Frotey, un aide-bibliothécaire à la bibliothèque interculturelle de Côte-des-Neiges, y déplorait entre autres que le nombre de DVD «ne cesse d'augmenter» et que les «critères restrictifs» pour leur choix aient disparu, laissant la bibliothèque prêter des films comme Spiderman et Rambo. «J'ai le désagréable sentiment de n'être qu'un employé de Blockbuster», écrivait-il.

Le responsable de la bibliothèque de Côte-des-Neiges, Gilles Bergeron, assure que les critères n'ont pas changé dans son établissement. «La politique est assez large. Un des volets importants, c'est de s'adapter aux demandes des usagers. C'est certain qu'on ne veut pas devenir un club vidéo, mais si avoir un Spiderman nous permet d'attirer plus de gens, alors ça me semble positif.»

Réjean Savard, professeur de bibliothéconomie à l'Université de Montréal et président de l'Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes, préfère ne pas se prononcer sur la gestion de nos bibliothèques. Mais il ne voit pas d'un mauvais oeil la hausse d'achat de documents audiovisuels. «Montréal avait d'énormes lacunes à rattraper en la matière, explique-t-il. Ça me semble donc une bonne chose qu'on bâtisse des collections. Les supports d'accès à la culture se diversifient, alors il faut s'adapter et maintenir la qualité.»

La demande augmente

Pendant ce temps, la demande de documents audiovisuels augmente. Ils représentaient respectivement 16 % et 20 % des emprunts du réseau en 2007 et 2008. À la Grande Bibliothèque, la proportion est environ deux fois plus grande. L'année dernière, plus de 42 % des emprunts étaient des documents audiovisuels.

Le public devrait continuer à voir l'offre augmenter, prévoit Mme Guillemette-Labory. Jusqu'à quel niveau? Elle ne fixe pas de cible. «Ce serait difficile à faire. Par exemple, nous ne savons pas si des supports comme les CD seront bientôt délaissés. On pourrait offrir plutôt des MP3. Comme les autres bibliothèques du pays, nous restons en mode observation.»