L'information, les Québécois en mangent. Entre 2007 et 2009, ils ont passé 15 minutes de plus par jour à s'informer. Ils consacrent 1 h 45 quotidiennement à l'information, tous supports confondus, soit une demi-heure de plus que les citoyens américains.

Mis à jour le 5 oct. 2009
Mario Cloutier LA PRESSE

Deux importantes études réalisées cette année démontrent que les Québécois s'abreuvent d'information auprès de plusieurs sources, différentes plates-formes et plusieurs fois par jour: 105 minutes au total, comparativement aux 90 minutes que les Américains consacrent à l'information, selon le Pew Research Center For The People & The Press.

«Notre enquête montre que les gens font davantage confiance aux médias ici que les Américains échaudés par les égarements des médias, lors du conflit en Irak ou de certains grands scandales de plagiat», explique Daniel Giroux, du Centre d'études sur les médias (CEM) de l'Université Laval.

Il a dirigé un sondage auprès de 470 répondants rencontrés en personne à Montréal, Québec, Victoriaville et Rivière-du-Loup. Le coup de sonde démontre aussi que la télévision reste la source dominante d'information au Québec auprès de la population en général, suivie des quotidiens, de la radio et de l'internet.

Selon l'étude du CEM, les supports traditionnels (papier et radiodiffusion) dominent encore largement, avec 84 % de la consommation d'information, mais la place des nouveaux supports, comme l'internet et le cellulaire, est en croissance (16 % en 2009 par rapport à 12,6 % en 2007). Cette hausse est encore plus grande auprès des consommateurs d'information âgés de 45 ans et moins.

C'est là qu'intervient la deuxième étude, la plus importante du genre jamais réalisée au Canada, sur la consommation d'information sur l'internet. L'enquête d'Impact Recherche, financée entièrement par la firme Le Monde de Cossette, a rejoint 1221 Canadiens à partir d'un questionnaire web.

Elle démontre que les internautes utilisent un peu plus la télévision que l'internet pour s'informer, mais le web plus que la radio ou les quotidiens. Les Québécois, pour l'instant, restent cependant un peu moins friands de l'internet pour s'informer que le reste des Canadiens.

«C'est essentiellement une question de poule et d'oeuf, pense Luc Cormier de Cossette. L'offre n'est pas suffisante. Quand les Québécois adoptent quelque chose, ils deviennent vite accros, comme on le constate chez les plus jeunes.»

Types de consommateurs

L'enquête de Cossette a permis de différencier quatre types de consommateurs d'information. Le type frugal, majoritairement constitué de femmes de 55 ans et plus qui consomment faiblement l'internet (40 %); le type raffiné, constitué de jeunes de 35 ans et moins qui consomment avant tout l'information par le web (13 %); le type glouton, qui regroupe principalement des retraités grands consommateurs d'information et de télé (23 %) et le type gastronome, regroupant des gens de tous les groupes d'âge qui visent quantité et qualité (24 %).

«Autrement dit, les Québécois ressentent toujours le besoin de s'informer, mais le marché des consommateurs d'information est de plus en plus fragmenté», croit M. Cormier.

Le sondage du CEM va dans le même sens lorsqu'il dénote que les Québécois ont surtout recours au web pour s'informer sur des sujets pratiques ou ludiques, comme les voyages, la météo et les divertissements. Ils lisent encore les journaux pour la politique, l'économie et les textes d'opinion.

«En matière d'information, les Québécois butinent de plus en plus, à gauche et à droite, au gré de leurs intérêts et de leur disponibilité», souligne Daniel Giroux.

Et l'avenir?

Les deux études complémentaires ne permettent pas de prédire l'avenir des médias ou plus précisément de la presse écrite, mais quelques pistes peuvent éclairer les lanternes des consommateurs et des producteurs d'information.

Mauvaise nouvelle pour les quotidiens, d'abord, près du tiers des internautes ne lisent jamais un journal pour s'informer. Par contre, comme moyen de s'informer sur l'internet, les gens utilisent autant les sites des journaux (19 % chaque jour) que les sites des télévisions (20 %).

En fait, les consommateurs d'information sur le web utilisent d'abord et avant tout les engins de recherche, tel Google - ce qui laisse entrevoir quelques batailles juridiques, pense M. Cormier, puisque Google engrange des recettes publicitaires avec les contenus d'autres médias - et les agrégateurs, logiciels permettant de s'abonner à plusieurs fils RSS.

«C'est une question de moyens, mais les quotidiens devront s'y mettre un jour ou l'autre, pense Luc Cormier. Les 25 à 34 ans ont adopté leur site web, mais pas les 18 à 24 ans. Ce serait une erreur de ne pas investir le champ des nouvelles technologies, les fils RSS, les widgets et même la vidéo. Les gens veulent de plus en plus d'information sur de moins en moins de sujets. L'information se doit d'être davantage personnalisée.»

N'empêche que ce sont toujours les quotidiens qui présentent, chez leurs consommateurs, un meilleur niveau d'information ou de connaissance de l'actualité. Davantage que la télévision, mais le web, encore une fois, suit désormais de très près.

L'étude d'Impact recherche a été réalisée sur l'internet auprès de 1221 répondants au Canada en février et sa marge d'erreur est de ± 2,8 %, 19 fois sur 20. Celle du CEM a été menée en janvier auprès de 470 Québécois, avec une marge d'erreur de ± 4,5 %, 19 fois sur 20.