«Guy, ceux qui abandonnent les chiens ne deviendront jamais des étoiles. Adieu mon grand. Bon voyage.»

Mis à jour le 10 sept. 2009
Catherine Handfield LA PRESSE

La gorge nouée, les yeux rougis, l'écrivain Claude Péloquin s'est adressé ainsi à son vieil ami Guy Laliberté, hier, lors de la première lecture publique de son poème Nipi.Le fondateur du Cirque du Soleil devait lire le poème de 160 vers durant son voyage dans l'espace, qu'il entreprendra le 30 septembre. Mais la semaine dernière, il s'est ravisé: à la dernière minute, il a confié la rédaction de l'«oeuvre spatiale» à l'auteur Yann Martel.

Le multimillionnaire a justifié cette volte-face par un «changement de direction» de son projet. Selon Claude Péloquin, toutefois, Guy Laliberté lui a plutôt tourné le dos parce qu'il refusait de lui céder ses droits d'auteur.

Au lieu d'être entendu sur toute la planète, Nipi (qui signifie «eau» en innu) a plutôt résonné dans un petit bar de la rue Prince-Arthur, à Montréal, devant une cinquantaine de proches, de journalistes et de clients, dont quelques joueurs de vidéopoker concentrés sur leur machine.

Commercialisation

Malgré la «tristesse» et l'«humiliation», Claude Péloquin souhaite tout de même faire entendre sa composition. Il affirme être en pourparlers avec des maisons de disques pour commercialiser un coffret de ses anciens vinyles au Québec et en France. Nipi serait enregistré en deux versions, québécoise et française.

Plusieurs chanteurs sont déjà intéressés à collaborer, dit-il. Michel LeFrançois, qui a notamment travaillé avec Serge Fiori, composera la musique. Robert Charlebois, pour qui Claude Péloquin a écrit la célèbre Lindberg, n'est pas mêlé au projet, a précisé l'écrivain.

«Je perds un ami et une lecture mondiale de mon poème, mais le poème est à moi et il va passer à l'histoire quand même», a-t-il dit.

Nipi, dont l'histoire débute dans l'espace, raconte l'inquiétude des astres et des planètes pour la planète Terre et ses réserves d'eau.

Cession de droits

Claude Péloquin assure que son conte plaisait à Guy Laliberté. «Je dansais de joie quand Guy a dit oui. Mais tout a déraillé quand j'ai osé demander à être rémunéré un peu.» Selon l'écrivain, Guy Laliberté souhaitait qu'il travaille gratuitement parce qu'il le faisait pour sa fondation, One Drop.

Claude Péloquin a finalement consenti à léguer tous ses droits, mais il était trop tard, dit-il. Depuis, il n'a pas reparlé à Guy Laliberté, qu'il a connu à l'époque où il était cracheur de feu et qui lui a confié la rédaction de textes pour le Cirque du Soleil.

«Il est trop occupé», a laissé tomber Claude Péloquin, qui récitera son poème le 19 novembre prochain au Théâtre Corona.

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Deux extraits du poème

«Par un matin de tempête

Pendant que soleil guettait la mer de son gros oeil

Nipi était très agitée et inquiète

Parce que Lune en état d'alerte Venait de perdre toutes les étoiles dans ses bras Sentant le danger de perdre son amie la terre

Qui voyait toute son eau la quitter.»

«Est-ce que tout peut redevenir comme avant?

Eau Vive aura-t-elle sa place propre?

Partout sur la boule bleue?

C'est le souhait grandiose de tout l'Univers

Et le mien plus que jamais auparavant.»