C'est sur des échasses qu'ont commencé les premiers spectacles de ce qui allait devenir le Cirque du Soleil. C'est sur des échasses que son fondateur Guy Laliberté en a souligné le 25e anniversaire hier après-midi.

Paul Journet LA PRESSE

Plus de 800 employés du Cirque - autant des acrobates que du personnel de bureau - se sont joints à lui dans le stationnement de l'entreprise à Montréal pour battre le record Guinness du plus grand nombre d'échassiers. «Le record, c'est rien. C'est un prétexte pour se réunir», racontait-il quelques secondes après avoir terminé la marche d'une cinquantaine de mètres.  

Des employés de Las Vegas, Orlando, New York, Lisbonne, Macao, Tokyo et Fortaleza (Brésil), ainsi que des citoyens de Moscou, les imitaient pour célébrer l'anniversaire. À Montréal, on pouvait admirer des Froot Loops, toutous, papillons et autres frivolités décoratives qui ornaient les échasses. Celles de M. Laliberté étaient peintes en jaune et bleu: les couleurs du Cirque. Et aussi les couleurs de son polo, à l'effigie de sa future «mission sociale et poétique» à bord de la Station spatiale internationale. «Ça fait 25 ans que je n'ai pas mis d'échasses. (...) Je pense que c'est plus difficile que mon entraînement pour l'espace», blaguait-il.

 

Il revenait tout juste d'une autre célébration organisée plus tôt à Gaspé, lieu du tout premier spectacle du Cirque, le 16 juin 1984. Il s'avoue peu nostalgique. «Je vis ma vie pleinement. Je regarde toujours en avant, vers le prochain projet», lance-t-il.

 

Deux bums

 

Gilles Ste-Croix, vice-président de la création du Cirque, avance et recule sur ses échasses en nous racontant sa première rencontre avec M. Laliberté. Une rencontre entre deux bums, résume-t-il. «C'était à l'Auberge de jeunesse de Baie-Saint-Paul, en 1979. Il revenait d'Europe, où il s'était promené avec son accordéon et chantant. Il voulait se joindre à mon projet de théâtre de rue, et j'ai dit oui», se souvient-il.

 

On connaît la suite. Fondation du Cirque du Soleil par Guy Laliberté. Organisation du premier spectacle à Gaspé en 1984, grâce à une subvention de 900 000$ du gouvernement québécois. Vient une autre subvention de 200 000$, récurrente sur trois ans, pour continuer les représentations du spectacle. Le Cirque refusera la subvention la troisième année. Grâce à sa percée sur le marché américain, il était devenu financièrement autonome. «Quand on a parti le Cirque, c'était pour se créer une job. Maintenant, on aide à faire vivre 4000 familles», se félicite-t-il.

 

En 25 ans, le Cirque a présenté ses spectacles dans quelque 200 villes devant plus de 90 millions de spectateurs. Pas moins de 20 tournées se déroulent cette année, ce qui permet d'employer plus de 4000 personnes.

 

Plusieurs d'entre eux ont participé hier aux célébrations devant le siège social, dans le quartier Saint-Michel. Parmi eux, Allister Booth, employé depuis 15 ans. Du haut de ses échasses, ses bas aux motifs de l'unifolié arrivent à notre tête. «Je suis conseiller en acrobaties pour le nouveau spectacle sur Elvis, explique le Vancouvérois de 35 ans. On travaille ici pendant quatre mois avant d'aller à Vegas... Si c'est dangereux, les grandes échasses? Non. Je porte mon casque seulement parce que je repars tantôt en vélo.»

 

Crise économique et glace

 

Quel avenir pour le Cirque? «On a eu beaucoup de croissance dans les cinq dernières années. Ça devrait maintenant se stabiliser, avoue Gilles Ste-Croix. La crise économique nous affecte comme elle affecte tout le monde. Mais quand même, cette année, on réussit à mettre en marché trois spectacles. Et deux autres l'année prochaine.»

 

Malgré toutes les folies déjà réalisées, il nourrit encore quelques rêves artistiques. «J'ai toujours voulu qu'on monte un show de glace. Ou un show en apesanteur. Mais ça, Guy (Laliberté) s'apprête à le faire.»