Bombardier reçoit plus de commandes qu’elle ne livre d’avions malgré l’incertitude économique, mais le portrait est différent au Canada, où une nouvelle taxe sur les produits de luxe — comme les jets privés — refroidit les acheteurs, estime l’entreprise.

Si les efforts de redressement de la multinationale québécoise s’accélèrent, celle-ci dit ne pas avoir tardé à ressentir, dans le marché où elle est établie, les effets de la mesure annoncée au printemps dernier par le gouvernement Trudeau. Elle est entrée en vigueur le 1er septembre dernier.

L’information n’a pas été diffusée à grande échelle, mais le président et chef de la direction de Bombardier, Éric Martel, a donné un aperçu de l’humeur des acheteurs au pays, jeudi, en marge de la présentation des résultats du troisième trimestre terminé le 30 septembre dernier.

Nous vendons habituellement une certaine quantité d’appareils au Canada. Nous avons constaté un ralentissement. C’est décevant. C’est ce que nous anticipions depuis le début.

Éric Martel, président et chef de la direction de Bombardier

Dans le budget présenté au printemps dernier, Ottawa avait dévoilé une taxe sur les voitures et les aéronefs de plus de 100 000 $ ainsi que les yachts qui coûtent plus de 250 000 $. Le taux varie entre 10 et 20 %. Cela devrait permettre de récolter environ 605 millions sur cinq ans, selon les estimations budgétaires.

Pour le gouvernement Trudeau, il s’agit de faire contribuer financièrement les mieux nantis aux programmes déployés pendant la pandémie de COVID-19. On voit cependant la chose d’un autre œil chez les constructeurs d’avions de bateaux et les manufacturiers. Ils estiment que cette taxe affecte leur compétitivité et qu’elle pourrait avoir une incidence négative pour leurs employés.

Un effet encore limité

Le Canada représente environ 5 % des revenus de Bombardier, qui se sont établis à 6,1 milliards US l’an dernier. L’impact de la taxe de luxe n’est pas catastrophique, mais cela pourrait changer si le ralentissement de l’économie mondiale freine la demande de jets privés aux quatre coins de la planète.

« Nous verrons dans un avenir rapproché quel est le véritable avantage de cette taxe et quel est son inconvénient », a dit M. Martel en conférence téléphonique avec les représentants des médias.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Martel, président et chef de la direction de Bombardier

Une analyse publiée en mai dernier par le directeur parlementaire du budget (DPB) concluait que les inconvénients de cette taxe de luxe seraient supérieurs aux avantages. En cinq ans, elle ferait fléchir d’environ 3 milliards les ventes d’automobiles, de navires ainsi que d’avions. L’étude anticipe « un changement de comportement » chez les consommateurs.

À l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC), on avance que la nouvelle taxe du gouvernement Trudeau pourrait coûter jusqu’à 1000 emplois dans le secteur. Le regroupement n’a toutefois pas expliqué la façon dont il s’y prenait pour arriver à cette estimation.

« Cette taxe est contre-productive et désavantagera le Canada par rapport à nos partenaires commerciaux, affirme le président et chef de la direction de l’Association, Mike Mueller, dans une déclaration. Certains de nos membres nous ont fait part de commandes annulées à la suite de l’introduction de cette taxe. »

Bombardier continue à tirer son épingle du jeu pour le moment. Les ventes réalisées ailleurs dans le monde contrebalancent le déclin observé au Canada. La preuve, l’entreprise a décroché pour 300 millions US de nouveaux contrats pendant les mois de juillet, août et septembre. Au 30 septembre dernier, son carnet de commandes atteignait 15 milliards US.

Les analystes financiers ne semblent pas préoccupés. La taxe de luxe n’a pas été mentionnée dans les rapports qui ont été envoyés par ces derniers dans la foulée de la présentation des résultats trimestriels.

« Au rythme actuel de livraison, nous estimons que le carnet de commandes de Bombardier équivaut à plus de deux ans de production », calcule Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

En savoir plus

  • 6,2 milliards US
    Dette à long terme de Bombardier au 30 septembre. Elle a fondu d’environ 875 millions US depuis le début de l’année.
    BOMBARDIER