(Londres) Tout au long du Salon international de l’aéronautique de Farnborough, c’était beau de voir les ministres Pierre Fitzgibbon et François-Philippe Champagne multiplier les rencontres industrielles et stratégiques. Les deux homologues ont évolué selon leur propre programme, mais sans y aller main dans la main, ils ont partagé une vision commune du développement de cette filière économique importante pour le Québec.

Publié le 23 juillet

Durant trois jours, le ministre Fitzgibbon, assisté en permanence par son sous-ministre, a réalisé des rencontres au rythme d’une dizaine par jour avec des dirigeants de grandes entreprises de l’aéronautique, des donneurs d’ordres déjà présents au Québec et d’autres qu’on voudrait voir s’y implanter.

« On avait une bonne présence à Farnborough avec l’équipe d’Investissement Québec, celle du Ministère et les gens de la délégation générale de Londres qui ont assuré une belle logistique.

« On est venus ici avec trois objectifs : soutenir nos PME pour qu’elles augmentent leurs exportations, discuter avec les grands donneurs pour qu’ils augmentent leurs investissements au Québec et continuent à alimenter la croissance et, enfin, pousser la filière de l’électrification des transports », m’a raconté le ministre Fitzgibbon, en marge de la réception de clôture du Salon, organisée par la Délégation du Québec à Londres.

Cinq jours plus tôt, le samedi soir, lors de la réception d’accueil de la délégation de 35 entreprises québécoises que pilotait Aéro Montréal à Farnborough, le ministre Fitzgibbon avait insisté sur la bonne collaboration qui existait entre lui et son homologue fédéral, François-Philippe Champagne.

Et le ministre Champagne lui a rendu la pareille en vantant publiquement le soir même et à chaque occasion qui s’est présentée par la suite l’excellente collaboration qu’exercent les deux gouvernements dans leur stratégie de développement économique.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon

Rarement a-t-on vu au cours des 20 dernières années une telle concordance de vues et d’objectifs entre deux ministres économiques d’Ottawa et de Québec. On a été plutôt longuement habitués au déploiement de stratégies en tunnel, chaque ordre de gouvernement définissant ses priorités, ignorant celles de sa contrepartie ou s’y rangeant de façon fort timide.

« François-Philippe Champagne vient du milieu des affaires comme moi. Lui, il fait maintenant une carrière politique alors que moi, je ne suis que de passage, mais on parle le même langage. On l’a fait dans le développement de l’écosystème de l’auto électrique, on le fait dans l’aéronautique », souligne Pierre Fitzgibbon.

Des fleurs et des défis

Le ministre Champagne confirme évidemment cette communauté d’intérêts partagée.

« On a une excellente collaboration, on l’a vu dans les dossiers de l’automobile, de l’aéronautique et du développement de la filière de l’hydrogène », dit-il.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

François-Philippe Champagne

Moi, le message que je passe aux PDG des multinationales que je rencontre, c’est que, dans l’aéronautique, on a le talent, on a les ressources de demain avec l’aluminium et l’acier verts et qu’on peut accompagner les entreprises dans le verdissement de leur chaîne d’approvisionnement avec notre énergie renouvelable.

François-Philippe Champagne, ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie

Les deux ministres entendent multiplier les efforts pour le développement au Québec des nouvelles énergies qui vont propulser les aéronefs, notamment les SAF (sustainable aviation fuels). « Je suis en train de devenir un expert dans ce rayon-là », relève Pierre Fitzgibbon.

Le ministre Champagne rappelle pour sa part que l’aéronautique, ça ne concerne pas que Montréal. Deux des plus importantes PME de sa circonscription de Saint-Maurice—Champlain, Placeteco et Delatek, sont actives dans ce secteur.

Durant son passage à Farnborough, François-Philippe Champagne devait rencontrer les dirigeants de Lockheed Martin pour discuter des retombées économiques du contrat d’achat des chasseurs CF-35, un dossier qui inquiète les acteurs de l’aéronautique québécois.

L’entreprise CAE de Saint-Laurent est responsable de la formation des pilotes des F-18 et risque fort de ne pas participer au programme des CF-35 parce que la multinationale réalise elle-même la formation pour ses appareils.

Le gouvernement fédéral doit s’assurer que les retombées économiques et industrielles du programme de Lockheed Martin soient réparties en fonction de l’expertise et de la taille des entreprises canadiennes dans le domaine.

« On est les meilleurs au monde, et c’est l’argent des contribuables canadiens qui va défrayer les coûts d’entretien et de formation de la flotte des CF-35. Il faut qu’on ait notre juste part », m’a expliqué le PDG de CAE.

François-Philippe Champagne est conscient de cet enjeu majeur et il a dit vouloir faire savoir aux dirigeants de Lockheed Martin que le Canada comptait obtenir des retombées économiques importantes, à la hauteur des investissements qui vont être faits par le gouvernement fédéral.

Le ministre Fitzgibbon souhaite lui aussi que la négociation avec Lockheed Martin aboutisse à des conditions acceptables pour les entreprises québécoises, mais il n’est pas à la table des discussions.

Il restera toujours des enjeux où les attentes de l’un ne correspondront pas nécessairement à la volonté de l’autre. Mais dans le domaine du développement économique et, plus spécifiquement, de l’aéronautique, on cherche manifestement à réduire au minimum ces clivages.