En raison du vieillissement de la population qui s'accélère à la vitesse grand V, le temps presse pour adapter le système de santé aux aînés, confirme un nouveau rapport de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), dont les données viennent d'être dévoilées.

Sara Champagne LA PRESSE

«Le nombre de têtes grises augmente et certains craignent que le système de santé s'essouffle à les soigner. Mais que savons-nous sur leur utilisation des ressources?», s'est demandé l'ICIS.

L'Institut s'est penché sur l'incidence du vieillissement de la population sur le réseau de la santé dans les différentes provinces. Premier constat: le fardeau des dépenses dû aux personnes âgées est loin d'avoir augmenté. Au contraire, il a diminué par rapport aux sommes investies pour le reste de la population.

En 1998, les dépenses de santé par habitant au Canada étaient cinq fois plus élevées pour les personnes de 65 ans et plus (6374$) que pour les adultes de 20 à 64 ans (1282$). Onze ans plus tard, en 2009, les dépenses sont 4,5 fois plus élevées, soit 11 196$ contre 2494$.

Pendant ce temps, les baby-boomers se font de plus en plus vieux. Selon les dernières statistiques, un Canadien sur quatre (25% de la population) aura 65 ans ou plus d'ici à 2036. Et même si les aînés ne représentent pour l'instant que 14% de la population, il n'en demeure pas moins qu'ils utilisent 40% des services hospitaliers offerts au pays.

Les chutes

Afin d'assurer de bons soins de santé aux personnes âgées, il y a du travail à faire sur presque tous les plans, constate l'ICIS. Mais le rapport s'attarde particulièrement sur les chutes, la principale cause d'hospitalisation chez les personnes âgées. Elles ont entraîné à elles seules 9% de toutes les visites aux urgences et environ 80 000 hospitalisations en 2009-2010.

Les aînés doivent aussi attendre longtemps avant d'être hospitalisés. L'ICIS démontre qu'ils ont attendu en moyenne 3,7 heures comparativement à 2,7 heures pour les autres adultes avant d'obtenir un lit aux étages des hôpitaux. Et les personnes âgées qui attendent ensuite pour des soins de longue durée forment 85% de tous les Canadiens admis pour obtenir ce type de soins.

Sur une note plus positive, les données démontrent que la majorité des personnes de plus de 65 ans dit avoir un médecin de famille (95%), contrairement à 83% des autres adultes. Au Québec, la performance est cependant moins bonne, avec une proportion de moins de 70% pour les personnes de 65 ans et moins (90% pour les aînés).

François Béland est professeur au département d'administration de la santé de la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Il estime que ces données démontrent qu'il y a eu un désengagement des gouvernements dans les soins de longue durée. Selon lui, il faut instaurer un mode de financement pour l'organisation des soins dans le réseau de la santé.

«La dernière chose dont on a besoin, c'est une autre réforme en santé, croit-il. Mais il faut une politique en santé qui ferait notamment la promotion de l'exercice et de bonnes habitudes alimentaires. On ne peut pas abolir la mort, mais on peut la retarder. Pour y parvenir, il faut un bon suivi afin d'éviter les problèmes aigus, comme les crises cardiaques. Il faut donc un changement en profondeur des pratiques cliniques. Et je crois que ça passe entre autres par la mise en poste de gestionnaires de cas, des professionnels qui gèrent 40 personnes avec une équipe disciplinaire.»