Trois personnes sur quatre ne sont pas outillées pour gérer leur stress, ni même pour en déterminer la source, constatent les experts. À leurs yeux, cela se révèle aussi absurde que d'avoir une réaction allergique à un plat sans chercher à savoir quel ingrédient est en cause.

Mis à jour le 26 oct. 2011
Marie-Claude Malboeuf LA PRESSE

«Le corps met au moins trois ou cinq ans à donner des signes de défaillance. Entre-temps, les gens ont des indices: fatigue, maux de tête ou de dos. Mais au lieu d'écouter leurs limites, ils les étouffent en prenant des médicaments, plus d'alcool ou en faisant plus de sport. Ils surcompensent et épuisent leurs réserves», constate la psychiatre Joanne Cyr, de la clinique des troubles anxieux et de l'humeur de l'hôpital Louis-H. Lafontaine.

Première leçon à retenir: il n'y a pas de méthode universelle de gestion du stress, entre autres, parce que tous les gens ne sont pas perturbés par les mêmes choses ni dans la même mesure. Leur personnalité, leurs gènes, leur éducation, leur mode de vie et la qualité de leur réseau social ont tous un impact.

Certaines personnes (souvent de nature anxieuse) ont surtout du mal à gérer la nouveauté ou l'imprévisibilité, expose par exemple Sonia Lupien dans son livre Par amour du stress. D'autres souffrent davantage lorsqu'elles manquent d'emprise sur une situation. Et d'autres encore (surtout les personnalités hostiles), lorsque leur ego ou leur fierté se trouvent menacés. «Une majorité des cas d'épuisement professionnel est due au fait que les gens sont dans un poste qui ne leur convient pas vraiment», estime la chercheuse, directrice du Centre d'étude sur le stress humain.

Bien qu'il soit impossible d'échapper totalement au stress, on peut atténuer l'intensité avec laquelle notre corps y répond, assure-t-elle. Ses conseils:

1. Prendre chaque jour un peu de temps seul, sans stimulations, pour laisser son cerveau prendre conscience de ce qui l'a perturbé, et concevoir tout de suite des plans de rechange pour retrouver une impression de contrôle vitale. C'est efficace, même si, dans les faits, on ne met jamais ses plans B ou C en pratique. On peut aussi réinterpréter un événement pour désamorcer la bombe.

2. Faire de l'exercice physique puisque cela fait chuter la production d'hormones de stress.

3. Emplir son diaphragme d'air permet d'arriver au même résultat. Les méthodes pour y parvenir sont variées: prendre de profondes et lentes respirations, chanter, méditer, prier, écouter de la musique lente ou faire du yoga.

4. Cultiver son réseau social plutôt que de s'isoler. Cela contribue aussi à réduire la production d'hormones de stress. Les recherches démontrent par ailleurs que se confier à une femme est plus efficace que de se confier à un homme. Faire des gestes altruistes et s'occuper d'un animal a aussi un impact positif.

«Le manque de sommeil est un des facteurs les plus dommageables, affirme pour sa part Melinda Miller, de l'entreprise américaine Allostatix, qui mesure les dégâts causés par le stress. Nos médecins ont déjà conseillé à certains joggeurs de ne plus se lever aussi tôt le matin pour courir. Dormir une heure de plus est parfois plus bénéfique que de bouger, car le sommeil a un impact énorme sur la capacité de notre corps de reprogrammer sa production d'hormones.»