S'engager publiquement à réduire la teneur en gras, en sel et en sucre des aliments qu'on achète tous les jours, pour faire taire les critiques. C'est ce que fera cet automne l'industrie agroalimentaire du Québec, en adhérant au nouveau programme Melior, a appris La Presse.

Marie Allard LA PRESSE

«On va recevoir les chartes d'engagement de chaque entreprise qui propose de réduire le sel, le sucre, le gras de ses produits ou qui a d'autres initiatives», a expliqué hier Annick Van Campenhout, directrice générale du Conseil pour les initiatives de progrès en alimentation (CIPA), responsable de Melior.

L'ajout de fibres et la réduction des portions, souvent gigantesques, feront partie des objectifs à atteindre. «Plutôt que de proposer une portion de 350 ml d'un jus très sucré, on peut réduire la portion à 250 ml dans les distributrices des écoles», a illustré Mme Van Campenhout.

Restaurateurs, épiciers et industriels sont invités à faire leur examen de conscience dans le cadre de Melior. Chacun doit formuler ses propres engagements, ce qui en fait une initiative unique en Amérique du Nord. Pour s'assurer du sérieux de la démarche, un comité (formé de représentants universitaires, de l'Ordre des diététistes, d'Option consommateurs, de ministères et du Conseil de la transformation alimentaire et des produits de consommation CTAC) validera les engagements pris.

Critiques fondées

D'une franchise étonnante, les industriels québécois sont conscients de leur rôle dans l'épidémie d'obésité. Presque tous (95%) sont d'accord pour dire «que les critiques sur la composition nutritionnelle des produits transformés sont fondées», selon un sondage mené par le CTAC et l'agence Enzyme de juin à septembre 2010. La totalité est d'avis que «la valeur nutritive des aliments offerts en épicerie et en restauration au Québec mérite d'être améliorée».

«Il est encore difficile de faire un choix santé dans les produits transformés, a témoigné un industriel sondé. Même faire un choix non nuisible à la santé est difficile.»

Les actions à favoriser, selon les répondants: réduire le sel dans les aliments (de l'avis de 91% des répondants), les gras saturés (73%) et le sucre (55%). Plus de la moitié (55%) estiment qu'il faut développer des menus plus équilibrés en restauration.

Melior s'inspire d'une initiative française, à laquelle des géants de l'agroalimentaire ont adhéré. D'ici 2014, Kellogg's a par exemple promis de baisser de 9% en moyenne le sucre de ses céréales Special K et Coco Pops en France. Ces chartes d'engagements volontaires ont «un effet non négligeable pour la plupart des nutriments», selon une étude d'impact réalisée par l'Observatoire de la qualité de l'alimentation, en France, en 2010.

Reste à savoir si les consommateurs achèteront les produits plus sains. Campbell's a récemment annoncé qu'elle ajouterait du sodium dans plusieurs soupes préalablement réduites en sel, en raison de ventes anémiques. En France, «certaines entreprises ont vu leurs ventes diminuer à la suite de la mise en marché de produits améliorés», lit-on dans un rapport du CTAC. Une majorité (54%) d'industriels québécois croit d'ailleurs que «les consommateurs ne sont tout simplement pas intéressés par les aliments aux profils nutritionnels améliorés».

«Il faut qu'il y ait une masse critique suffisante d'entreprises qui font des efforts pour initier un mouvement d'amélioration de la santé important dans la population», a fait valoir Mme Van Campenhout. Elle espère que les industriels seront nombreux à se joindre à Melior, qui est financé par Québec en forme (600 000 $ par an). «Cette démarche peut porter ses fruits, a-t-elle dit. J'en suis sûre.»