Consulter un médecin au téléphone pour 38$? Obtenir une ordonnance en moins de trois heures sans même sortir de chez soi? C'est possible avec DocTel, un service téléphonique de consultation médicale qui fait grincer des dents le Collège des médecins.

Stéphanie Grammond LA PRESSE

DocTel offre ses services 7 jours sur 7, de 8h à 20h. Les patients n'ont qu'à téléphoner ou à prendre rendez-vous par internet. Un médecin les rappelle de 30 minutes à 3 heures plus tard.

Au téléphone, le médecin peut poser un diagnostic et même prescrire un médicament, comme des antibiotiques ou des anti-inflammatoires, en appelant lui-même à la pharmacie du patient.

DocTel se veut une solution «efficace, pratique et économique aux problèmes médicaux mineurs», explique le site web. Par exemple, DocTel s'occupe souvent d'infections des voies respiratoires supérieures, d'infections urinaires, d'entorses, de maux de tête et de questions portant sur la santé des voyageurs, indique-t-on.

Le service ne remplace ni les urgences ni le médecin de famille, mais il peut «dépanner» lorsqu'une visite «n'est pas vraiment nécessaire ou trop longue à obtenir». Exactement le cas de Mme Auclair, qui a utilisé le service l'année dernière pour son mari.

«Il avait déjà eu un problème de santé identique. Il savait exactement ce qui l'aiderait», dit-elle. La consultation téléphonique a évité au couple, qui habite dans Lanaudière, de faire deux heures de route pour consulter un médecin.

Son mari guéri, Mme Auclair se dit satisfaite de la consultation médicale, si ce n'est qu'elle est maintenant membre de DocTel. Cela lui coûte 3,50$ par mois, en plus des 38$ pour la consultation. Tous les trois mois, DocTel prélève 11,85$ sur sa carte de crédit, ce que Mme Auclair n'avait pas réalisé au départ. Elle a tenté de se désabonner, sans succès. DocTel n'a pas donné suite à ses demandes et n'a pas rappelé La Presse.

Malaise

DocTel suscite un malaise au Collège des médecins du Québec qui n'avait jamais eu vent du service avant l'appel de La Presse. «Sur le plan médical, on n'aime pas ça. Il n'y a pas de présence physique avec un patient qui n'est pas connu du médecin», dit le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert. «Pour avoir fait de la médecine du voyage pendant 15 ans, je peux vous dire que ça ne se fait pas facilement au téléphone!» lance-t-il.

Selon lui, cette pratique soulève bien des questions: comment le médecin est-il sûr qu'il s'agit d'un problème bénin? Comment conserve-t-il ses dossiers? De quelle façon est-il payé?

En fait, DocTel gère la prise de rendez-vous en tant que partenaire d'affaires d'une association de médecins qui retient les services de médecins participants à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Le concept ressemble à celui de Santé sans file, qui avait émergé en 2008: l'entreprise Myca, qui offrait un service de consultation par vidéoconférence internet, agissait à titre d'intermédiaire entre les médecins et des patients abonnés. Jugé illégal par la RAMQ, Santé sans file est mort dans l'oeuf.

Un médecin participant à la RAMQ n'a pas le droit de demander des frais de consultation à un patient. Il ne peut pas non plus facturer l'ouverture ou l'administration d'un dossier, explique le porte-parole de la RAMQ, Marc Lortie.

La Régie mène actuellement 11 enquêtes sur des médecins ou des cliniques qui auraient facturé des frais illégaux à des patients, notamment pour des bilans de santé ou des forfaits de soins. Trois coopératives de santé sont visées (La Prairie, Gatineau et Pointe-du-Lac) ainsi que Plexo, MedSync, Medisys, Globale santé express, Physimed, Rockland MD, Clinique chirurgicale de Laval et le Dr Pierre Mailloux.

Devant l'ampleur du problème, le Collège des médecins a fait une sortie publique il y a deux semaines. «Les faiblesses du système de santé sont en train de devenir une occasion de faire de l'argent sur le dos des patients», déplore le Dr Robert.