La quinzaine d'étudiantes en pratique sage-femme qui obtiendront leur baccalauréat en mai à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) sont incapables de trouver un emploi. Alors que le gouvernement avait promis d'accélérer l'essor de cette profession, seulement 2% des suivis de grossesse sont actuellement confiés à des sages-femmes dans la province.

Mis à jour le 28 janv. 2011
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Dans une lettre envoyée au ministre de la Santé, Yves Bolduc, les étudiantes dénoncent ces promesses non tenues et exigent la création de maisons de naissance afin de leur permettre de pratiquer leur métier.

«On a étudié pendant quatre ans et demi. On s'est endettées et on n'a pas d'emploi. C'est ridicule de savoir que des Québécoises n'ont pas de suivi de grossesse et que, en même temps, il y a des sages-femmes sans emploi», note Marie-Josée Lewis, 29 ans, membre de l'Association des étudiantes sages-femmes du Québec de l'UQTR.

Mme Lewis a obtenu un baccalauréat et une maîtrise en sociologie avant de se diriger vers la profession de sage-femme. Elle est à l'université depuis 10 ans et accumule les dettes. Le fait de ne pas avoir de perspective d'emploi l'inquiète: «Dans sa politique de périnatalité, le gouvernement disait vouloir ouvrir plus de maisons de naissance. Mais on attend toujours. Il y a un manque de volonté politique.»

S'exiler pour travailler

Âgée de 31 ans, Karine Langlois obtiendra son diplôme de sage-femme en mai. Mais, mis à part quelques remplacements ici et là, elle ignore où elle pourra travailler. «Le gouvernement a payé une bonne partie de notre formation, mais il ne nous fait pas de place dans le système de santé. C'est illogique. Plusieurs de mes collègues envisagent d'aller travailler en Ontario ou ailleurs», remarque Mme Langlois. Alors que le Québec compte 138 sages-femmes, l'Ontario en dénombre plus de 500.

La directrice du programme de formation des sages-femmes à l'UQTR, Raymonde Gagnon, explique que les étudiantes des dernières années sont parvenues à se placer, mais que cette année s'annonce plus difficile. «Il n'y a plus de débouchés. On ne comprend pas la situation. On a la commande de former des professionnelles compétentes, ce qu'on fait. Mais elles ne peuvent pas travailler.»

Quand Geneviève Demers s'est inscrite au baccalauréat en pratique sage-femme, il y a trois ans, elle croyait que la profession allait croître rapidement. «Mais non. Le pire, c'est que j'étais aussi acceptée en médecine, mais j'ai opté pour la pratique sage-femme parce que ça correspondait plus à ma vision!» commente l'étudiante de 25 ans.

Les étudiantes de l'UQTR affirment avoir toutes les compétences pour assurer des suivis de grossesse. «On fait au moins 80 accouchements durant notre formation. On a réalisé 3500 heures de stage. On a un ordre professionnel. On ne s'improvise pas sage-femme», assure Mme Lewis.

Contrairement aux médecins, qui peuvent pratiquer dans des cabinets privés, la loi oblige les sages-femmes à travailler pour les centres de santé et de services sociaux (CSSS).

«Ce qu'il faut, c'est plus de maisons de naissance. C'est ce que veulent les femmes, martèle Mme Demers. De plus, des tonnes d'études ont montré qu'un accouchement en maison de naissance est plus économique qu'à l'hôpital. On ne veut pas remplacer les médecins, mais on veut que les femmes qui veulent nos services puissent les avoir.»

«Actuellement, on refuse trois femmes sur quatre dans les maisons de naissance. La demande est là. Ça ne devrait pas être une "chance" d'avoir une sage-femme au Québec, mais bien un droit», ajoute la présidente du Regroupement Les sages-femmes du Québec, Claudia Faille.

Réponse du ministre

Au cabinet du ministre Bolduc, on assure vouloir encourager la pratique des sages-femmes. «On est en train de revoir l'offre de services en obstétrique, et les sages-femmes en font partie, a dit l'attachée de presse de M. Bolduc, Karine Rivard. On veut répartir les sages-femmes sur le territoire en fonction des besoins. On veut plus de maisons de naissance. On invite les régions à se mobiliser pour présenter des projets concrets.»

Cette affirmation irrite Mme Langlois. «On a déposé deux fois un projet dans Lanaudière. Ça fait au moins six ans qu'on attend», dénonce-t-elle. La présidente de l'Ordre des sages-femmes du Québec, Dominique Porret, ajoute que plusieurs projets ont été présentés dans différentes régions, mais que Québec tarde à y répondre. «La moitié du financement doit être assumé par les CSSS. Mais ils n'ont pas cet argent! Le financement du Ministère manque pour créer plus de maisons de naissance et assurer l'embauche des diplômées», croit Mme Porret.