Le déploiement du Dossier santé Québec, qui devait mettre en réseau dès le mois prochain des milliers de cliniques, de pharmacies et d'hôpitaux du Québec, est repoussé à 2015.

Mis à jour le 30 oct. 2010
Denis Lessard LA PRESSE

En fait, après des dépenses de 418 millions de dollars - dont près de 300 millions par Québec -, seulement le tiers du travail a été réalisé, a reconnu hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Constat embarrassant pour le gouvernement Charest, hier, au cours d'une interpellation de deux heures à l'Assemblée nationale. Nouvelle critique du PQ dans le dossier de la santé, Agnès Maltais a qualifié de «CHUM numérique» l'aventure du DSQ, laquelle, après quatre années de travail, n'a permis de relier qu'une dizaine de pharmacies et de cliniques dans le cadre d'un projet pilote.

Le projet était cofinancé par Ottawa dans le cadre du programme Inforoute santé du Canada. Mais comme le fédéral ne paie que lorsque des éléments concrets sont terminés, le tiers seulement des fonds fédéraux attendus a été décaissé. Cet été le fédéral avait remboursé 111 millions, et les dépenses de Québec frôlaient les 300 millions.

«On a un tiers de livré, ce qui fait qu'ils ont décaissé un tiers. L'argent est décaissé au fur et à mesure de l'avancement des projets. Et nous avons eu l'argent pour ce qui a été fait», s'est contenté de dire le ministre.

Selon Mme Maltais, le Québec, qui était parmi les leaders des provinces canadiennes en matière d'informatisation dans la santé, est désormais en sixième place, «un cancre», a-t-elle souligné.

Explosion des coûts ou économies

Les échéanciers «complètement éclatés» vont faire exploser les coûts, comme dans le cas du CHUM, prédit-elle. Le Dr Bolduc rétorque que, en matière de technologie, attendre avant d'acheter permet souvent des économies.

Devant les journalistes, M. Bolduc a reconnu que son ministère était à renouveler les contrats des firmes de consultants qui, normalement, devaient quitter le projet après sa livraison, à l'automne 2010.

Mme Maltais estime que l'improvisation dans ce dossier est illustrée par la série de patrons qui se sont succédé à la barre: «Le ministre nous a dit que quatre directeurs généraux en quatre ans, c'est l'évolution normale d'un dossier. On continue dans le déni total!»

Rapport du Vérificateur

En mai 2010, le Vérificateur général a publié un rapport dévastateur sur la gestion du DSQ. Il a relevé que, au mois de décembre 2010, le projet devait rejoindre 5550 utilisateurs - médecins et pharmaciens de cliniques ou d'hôpitaux - dans cinq à huit régions, sans quoi, «la pérennité des investissements est mise en danger. Ça veut dire que les 418 millions de dollars qui ont été investis jusqu'ici pourraient l'avoir été en pure perte».

Le ministre Bolduc a par la suite réfuté les constats du vérificateur. Pour lui, tout se déroule normalement, même si seulement une poignée de cliniques sont reliées. Prochainement, le nombre de cliniques reliées va croître de façon «exponentielle», a-t-il dit.