La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) brise avec sa tradition de discrétion en lançant un court-métrage choc sur l'état de la médecine familiale. Le documentaire sera diffusé à compter d'aujourd'hui sur YouTube dans le cadre d'une vaste campagne dans les médias sociaux et traditionnels qui s'étendra jusqu'aux salles de cinéma.

Sara Champagne LA PRESSE

Le court-métrage de neuf minutes, intitulé Diagnostic, présente cinq médecins de famille durant une journée de travail typique. On y voit notamment le Dr Claude Rivard, omnipraticien dans la fin de la quarantaine qui pratique aux soins intensifs de l'hôpital Pierre-Boucher, en Montérégie. La Dre Guylaine Laguë, qui pratique en obstétrique à Drummondville, explique qu'elle sait quand ses journées commencent mais jamais quand elles vont se terminer. Il y a aussi le Dr Bill Barakett, qui, à l'âge de la retraite, a du mal à trouver de la relève pour son millier de patients atteints de maladie chronique.

Les cinq médecins, qui pratiquent qui en cabinet, qui aux urgences, qui en CLSC ou à domicile, se désolent des délais, souvent de plusieurs semaines, que doivent endurer leurs patients pour obtenir une consultation.

En plus de la campagne publicitaire d'un mois, la FMOQ ouvrira aujourd'hui une page Facebook «pour les Québécois sans médecin de famille». Les gens qui en deviendront membres pourront y donner leur opinion, appuyer les médecins ou revendiquer de meilleurs soins de santé. Mais la page n'aura évidemment pas le pouvoir de trouver un médecin de famille aux gens qui n'en n'ont pas.

Le Dr Louis Godin, président de la FMOQ, a rappelé lors d'un entretien avec La Presse, cette semaine, qu'il manque 1100 médecins présentement au Québec. «Si rien n'est fait, dit-il, on va frapper un mur. Il y a quelques années, la pénurie de médecins de famille ne concernait que les grandes villes. Maintenant, toutes les régions de la province sont touchées.»

En négociations

Cette campagne survient alors que les médecins sont en négociations avec le gouvernement de Jean Charest, un peu plus de deux ans après la publication par la FMOQ d'un énoncé de principes pour une «politique nationale sur la médecine familiale». Au centre des enjeux : la formation des médecins de famille, une meilleure organisation des soins et la rémunération. À ce chapitre, les omnipraticiens soulignent qu'ils gagnent 55 % de moins que les spécialistes au Québec - rien pour attirer les candidats vers la médecine familiale plutôt qu'une spécialité.

À la FMOQ, on déplore par ailleurs le fait que les facultés universitaires dénigrent la médecine familiale. Pour remédier à cela, on a déjà proposé une série de recommandations au gouvernement, dont un stage d'observation obligatoire au cours de la première année d'étude en médecine familiale.

«L'argent n'est pas le seul problème, précise le Dr Godin. Nous ne sommes pas parvenus à combler 250 postes en résidence au cours des quatre dernières années. Je ne peux pas croire que le gouvernement et le ministre de la Santé, Yves Bolduc, soient insensibles aux besoins en médecine familiale, avec la nécessité d'investir dans les soins de première ligne.»