S'il le pouvait, David Servan-Schreiber affirme qu'il vivrait paisiblement dans une île grecque afin d'adopter un mode de vie exempt de stress. Mais le succès planétaire de son livre l'entraîne dans un tourbillon de conférences sur la prévention et la guérison du cancer. À l'occasion de la parution d'une édition enrichie de son best-seller Anticancer, La Presse l'a joint en France à son téléphone portable. Mais rapidement il a demandé qu'on le rappelle sur une ligne fixe. Les nouvelles études le démontrent: les risques de cancer du cerveau liés à l'utilisation du cellulaire sont bien réels.

Mis à jour le 4 avr. 2010
Sara Champagne LA PRESSE

Q - Les risques associés à l'utilisation du cellulaire n'étaient pas abordés dans la première édition de votre livre. Qu'est-ce qui vous a poussé à en parler cette fois?

 

R - J'ai donné des conférences partout dans le monde, et on me posait beaucoup de questions sur le cellulaire et le cancer. Je disais toujours que les études qui avaient été faites ne montraient pas de lien entre le téléphone et le cancer du cerveau, jusqu'au jour où quelqu'un est venu me voir après une conférence pour me dire que je ne savais pas de quoi je parlais et que je n'avais pas regardé les études en détail. Et c'était vrai.

Q - Qu'avez-vous découvert?

R - J'ai découvert quelque chose de stupéfiant: c'est vrai que les études ne démontrent aucun lien, mais elles ont été faites sur des expositions d'une durée de cinq ans, et plusieurs d'une durée de deux ans. C'est comme si on faisait fumer quelqu'un durant deux ou cinq ans. Il n'y aura aucun impact sur le cancer du poumon. Donc, les études ne valent rien. Il faut les jeter à la poubelle. Par la suite, il y a eu quelques études au sujet de l'utilisation du cellulaire plusieurs heures par jour. Elles prouvent presque toutes le haut risque du cancer du cerveau du côté où les gens utilisent leur portable.

Q - Vous dites que «pour l'instant» ce ne sont pas des preuves scientifiques, mais les inquiétudes sont suffisantes?

R - Pour moi, c'est comme la voiture: on peut limiter les risques avec le code de la route, le permis de conduire. La ceinture de sécurité aussi. Et les coussins gonflables. Il faut donc utiliser les oreillettes avec le portable. Un système de mains libres quand on peut. Mais encore mieux, transférer nos conversations sur des lignes fixes. Ou changer d'oreille fréquemment et limiter le temps passé au cellulaire.

Q - Vous utilisez un ton très zen dans votre livre, très proche de vos lecteurs. Vous écrivez au «je» en parlant de votre propre cancer du cerveau. Qu'est-ce qui a changé depuis la parution de la première édition de votre livre?

R - J'ai gagné beaucoup en assurance. Plusieurs études ont confirmé ce que je disais dans la première édition. Ensuite, j'ai eu énormément de témoignages de gens sur toute la différence que mon livre a faite pour eux dans la guérison de leur cancer. Mais vous savez, le point fondamental pour résister au cancer, ce n'est pas tant de se battre que d'apprendre à nourrir la vie en soi. Notamment dans le choix des aliments.

Q - Dans votre livre, on parle des bienfaits du thé vert et de la vitamine D, entre autres choses, et de l'importance d'un programme d'exercice. Si on devait changer quelque chose en priorité dans nos habitudes de vie, par quoi conseilleriez-vous de commencer?

R - Il faut arriver à un équilibre entre tout. Il ne faut pas nécessairement suivre à la lettre toutes les recommandations. Mais quand on souffre ou qu'on a souffert d'un cancer, ça devient plus important d'aller dans le respect des recommandations. Par exemple, en ce qui concerne la vitamine D, nous savons maintenant qu'environ 75 à 80% des Canadiens en manquent. Les études des cinq dernières années démontrent aussi qu'un déficit en vitamine D est lié à presque toutes les maladies chroniques, dont le cancer. Et ce qui est remarquable, c'est que, médicalement, il est relativement facile de corriger un déficit en vitamine D.

Q - Vous parlez de la synergie entre les aliments, de la combinaison. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau à ce sujet?

R - Dans l'alimentation, on constate qu'il y a une synergie bénéfique entre certains aliments. Par exemple, une étude australienne faite sur des Chinoises démontre une réduction de 50% des risques de cancer chez les femmes qui mangent des champignons trois fois par semaine. Mais cette réduction est de 89% si elles mangent ces mêmes champignons en plus de boire trois tasses de thé vert par jour. Une autre étude, cette fois sur des rats, a démontré un net ralentissement de la progression du cancer de la prostate en combinant les tomates et les brocolis.

Q - Dans la même veine, vous parlez de trois principes de «désintoxication» à suivre. Il faut éviter les sucres raffinés et éviter la consommation excessive d'oméga-6, qu'on trouve dans les margarines ainsi que dans les graisses hydrogénées et animales. Mais vous parlez aussi des polluants dans l'environnement. Qu'est-ce qu'il faut savoir à ce sujet?

R - Je parle aussi du bisphénol-A, présent dans les plastiques durs. Quand les gens font chauffer de la nourriture, du thé ou du café au micro-ondes dans des bols ou des tasses en plastique dur, ça libère du bisphénol-A, un agent qui peut faciliter la survie des cellules cancéreuses. Je parle aussi des phosphates inorganiques, des conservateurs alimentaires, présents dans les boissons gazeuses.

Q - La médecine est quand même encore assez traditionnelle en matière de traitement du cancer. Qu'est-ce qu'elle devrait ou pourrait faire de plus?

R - D'abord - et je le dis d'entrée de jeu dans mon livre -, le contenu de mon livre ne remplace en rien un médecin ni les traitements comme la chimio. Je le mentionne 10 fois dans le livre. Moi-même, j'ai suivi les traitements traditionnels pour mon cancer du cerveau. Mais je crois que la médecine ne se limite pas à tuer les cellules cancéreuses, elle doit apprendre à utiliser la capacité naturelle du corps à se battre contre la maladie afin de rendre le corps inhospitalier à la maladie.

Q - À ce sujet, vous dites même qu'il y a un rapport entre le corps et l'esprit.

R - Les études démontrent qu'il n'y a pas de lien direct entre le cancer et le stress. Par contre, certaines réactions au stress peuvent contribuer à la progression d'un cancer qui existe déjà. Donc, les réactions prolongées de sentiment d'impuissance, de découragement, d'abandon, sur le long terme, interfèrent avec la capacité naturelle de combattre certaines inflammations. Il y a des techniques assez faciles, comme la méditation, qui peuvent aider. Et vous savez, une étude assez extraordinaire a révélé que les patientes atteintes d'un cancer du sein qui étaient soutenues par des amies avaient quatre fois plus de chances de survivre à leur maladie.

Q - Vous dites que les nouvelles études vous ont incité à rééditer votre livre. Est-ce que vous avez l'impression que, au rythme où va la science, vous allez peut-être devoir écrire une troisième édition, dans deux ou trois ans?

R - C'est possible puisque j'ai constaté que les gens se servent de mon livre comme d'un manuel. Donc, mon souhait, c'est que mon livre puisse servir de manuel dans les hôpitaux, les cliniques, pour la santé du corps et de l'esprit.