D'autres urgentologues québécois sont venus joindre leur voix à celle de leurs collègues, hier, et ont confirmé que la crise qui touche les urgences des hôpitaux a atteint des proportions jamais vues. Selon l'urgentologue Alain Vadeboncoeur, l'heure est si grave que le ministre de la Santé, Yves Bolduc, doit au plus vite faire une tournée des urgences pour trouver des solutions.

Mis à jour le 27 févr. 2010
Ariane Lacoursière LA PRESSE

«Le ministre avait fait une tournée semblable dans les blocs opératoires avec la Fédération des médecins spécialistes. Ça avait donné de bons résultats. On est rendu là dans les urgences», dit le Dr Vadeboncoeur, chef des urgences de l'Institut de cardiologie de Montréal.

 

Les urgences de la province ont connu leur lot de crises au cours des dernières années. «Mais ce qui est nouveau, c'est qu'on remarque plusieurs cas où les patients sont malades, où on doit les soigner, mais on ne peut pas leur donner de civière. C'est inquiétant», dit le Dr Vadeboncoeur.

À la Cité de la santé de Laval, le chef du service des urgences, le Dr Jacques Ouellet, confirme cette situation: «Dans les derniers mois, on a eu jusqu'à 16 patients qui attendaient sur la civière de l'ambulance parce qu'on n'avait pas de place pour eux aux urgences.»

Le Dr Vadeboncoeur croit que le gouvernement doit cesser de mettre en place des «solutions ponctuelles». «On sait comment régler le problème des urgences, soutient-il. Mais depuis 15 ans au moins, on n'applique que des solutions temporaires quand il y a des crises médiatiques. Ça libère les urgences pour un temps, mais ça ne règle rien sur le long terme.»

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) croit pour sa part que, pour régler une fois pour toutes la crise des urgences, le gouvernement doit investir massivement dans les soins de première ligne. Seulement 2,9% du budget de la santé y est actuellement consacré, affirme la FMOQ.

«Depuis trop longtemps, nos élus se contentent d'appliquer des mesures temporaires, dénuées de vision à moyen et à long terme. Pourtant, la seule solution porteuse est connue: des investissements prioritaires dans les soins de première ligne à l'extérieur du milieu hospitalier», dit le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin. Selon lui, les crises perpétuelles qui touchent les urgences du Québec «constituent un exemple éloquent de l'échec de la stratégie actuelle du gouvernement».