Les passants du centre-ville me jettent un bref coup d'oeil avant de détourner rapidement le regard. Dans leur voiture, les automobilistes se permettent de me dévisager plus longuement. Pas de doute, je ne passe pas inaperçue.

Mis à jour le 13 oct. 2009
Pascale Breton LA PRESSE

Ce n'est pas surprenant. Je me promène vêtue de la tête aux pieds d'une combinaison blanche en tissu, les mains protégées par des gants de chirurgien, le visage camouflé par un masque et des lunettes de protection.

L'idée est de voir la réaction des gens et leurs craintes face à la grippe A (H1N1).

Le nouveau virus est LE sujet de discussion de l'automne. Plusieurs traînent une petite bouteille de Purell dans leur sac. Les masques ont repris leur place dans les présentoirs des pharmacies. Et certaines entreprises, surtout aux États-Unis et en France, vendent par internet des trousses de protection contre la grippe porcine.

Je m'en suis procuré une, et me voilà donc au coeur du centre-ville, dans la foule compacte de l'heure du midi.

Il y a quelques semaines, le New York Times a tenté une expérience du genre. Voyons maintenant comment les Montréalais réagissent de leur côté.

Dans les couloirs du métro, certains font un grand détour pour m'éviter. D'autres m'interpellent directement : «Est-ce que je dois avoir peur?» me demande quelqu'un. «Est-ce que la deuxième vague de grippe A (H1N1) est arrivée?», me demande un autre.

Non, la grippe A (H1N1) ne laisse personne indifférent. Mais faut-il en faire autant pour se protéger? Bien sûr que non.

Le virus se transmet par les gouttelettes de salive en suspension. Il peut rester cinq minutes sur les mains, de 8 à 12 heures sur les vêtements et de 24 à 48 heures sur les surfaces dures.

Mais de là à ce qu'il colle à la peau et que le reste de la maisonnée soit contaminé, il y a un pas, explique le Dr Gaston De Serres, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec.

«Ces combinaisons sont exclusivement réservées aux travailleurs de la santé qui sont en contact avec des gens très malades», précise le Dr De Serres.

Généralement, un bon lavage des mains suffit. Pour ceux qui toussent, le port d'un masque est aussi recommandé.

Le problème avec la grippe A (H1N1), c'est que les gens ne savent plus quoi penser. Les avis sont contradictoires. À preuve, cette étude publiée il y a quelques jours dans le Journal de l'Association médicale canadienne, qui affirme que le lavage des mains n'est pas suffisant pour se protéger du virus. Une information aussitôt contredite par les responsables de la santé publique, qui affirment le contraire.

Faut-il craindre une deuxième vague de grippe porcine cet automne? Que penser des vaccins fabriqués en quatrième vitesse? Sont-ils vraiment inoffensifs? Et surtout, la grippe A (H1N1) est-elle vraiment plus dangereuse que la grippe saisonnière?

En date du 6 octobre, le nouveau virus avait tué 78 Canadiens, dont 27 Québécois, à une période de l'année où l'on ne voit plus de cas de grippe, indique le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, pour expliquer l'inquiétude des autorités.

Les victimes sont relativement jeunes et souvent en bonne santé. Ce ne sont pas des personnes généralement à risque face à la grippe saisonnière.

D'ailleurs, les personnes âgées de plus de 55 ans semblent même avoir une certaine protection naturelle contre le nouveau virus, probablement parce qu'elles ont été en contact avec des souches de H1N1 qui ont déjà circulé. Ce n'est pas le cas des plus jeunes, qui sont donc plus fragiles.

«On s'attend à ce que la deuxième vague de grippe A (H1N1) frappe plus durement que celle du printemps. Mais est-ce qu'elle sera plus grave que la grippe saisonnière? C'est difficile à évaluer», résume le Dr Poirier.

L'Agence de santé publique du Canada prévoit que le tiers de la population pourrait être touché dans cette seconde vague. Et la seule protection efficace reste le vaccin, soutiennent les autorités.

Chaque automne, le pays connaît d'ailleurs une campagne de vaccination contre la grippe saisonnière. La différence, cette année, c'est qu'au lieu d'offrir le vaccin gratuitement à certains groupes jugés plus vulnérables, on vise toute la population.

C'est ce qui dérange. Même des médecins croient qu'une campagne de vaccination massive est inutile, ce qui ajoute à la confusion.

Le défi de communication est énorme. Il faut redoubler d'efforts, a d'ailleurs dit le ministre de la Santé, Yves Bolduc, la semaine dernière en entrevue à La Presse. Il entend d'ailleurs se faire vacciner, question de donner l'exemple.

Il reste que la grippe A (H1N1) est le sujet parfait pour relancer le débat sur la vaccination. Ses opposants ne sont pas à court d'arguments, d'autant plus que les essais cliniques visant à déterminer l'innocuité et l'efficacité du vaccin ne seront terminés que dans plusieurs mois, soit bien après que l'ensemble de la population aura été vacciné.

Rien pour calmer les inquiétudes.

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Mythes et vérités sur la grippe A (H1N1) 

> Le vaccin contre la grippe saisonnière augmente le risque d'avoir la grippe A (H1N1). 

C'est ce qu'ont révélé des études préliminaires menées au Canada, qui ne sont pas encore publiées. L'Agence de santé publique du Canada a émis un doute sur le résultat de ces travaux, mais plusieurs provinces, dont le Québec, ont choisi de retarder la vaccination contre l'influenza saisonnière. Un nouveau son de cloche, contradictoire, est venu d'une autre étude, cette fois publiée dans le British Journal of Medicine. Des résultats préliminaires observés au Mexique indiquent plutôt que le vaccin contre la grippe saisonnière offrirait une certaine protection contre la grippe A (H1N1). À suivre.

> Les femmes semblent plus à risque que les hommes.

L'Agence de santé de Montréal a constaté que 55,7% des cas de grippe A (H1N1) confirmés dans la métropole au printemps dernier, lors de la première vague, touchaient des femmes. Lorsqu'elles étaient hospitalisées, elles avaient deux fois plus de risque de développer une forme grave de la maladie.

> Le virus s'attaque davantage aux jeunes.

Les personnes âgées de plus de 55 ans ont déjà été en contact avec des souches de H1N1 au cours de leur vie et semblent avoir développé une certaine protection naturelle, ce qui n'est pas le cas des autres, constatent les responsables de la santé publique. La maladie frappe plus souvent des jeunes, même ceux qui semblent en parfaite santé.