Masques, médicaments, seringues, matelas, le ministère de la Santé et des Services sociaux est en train de stocker du matériel dans plusieurs entrepôts partout dans la province pour faire face à une pandémie de grippe A(H1N1).

Mis à jour le 21 sept. 2009
Pascale Breton CYBERPRESSE

«Les craintes que nous avions au début, et que nous avons toujours, c'est d'avoir des difficultés d'approvisionnement. Si nos compagnies pharmaceutiques ne peuvent nous approvisionner, nous devons stocker pour être en mesure de faire face à cette pandémie», explique Pierre Laflamme, coordonnateur pandémie au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Mis en place en 2006, dans la foulée de la grippe aviaire, le plan de préparation de Québec prévoyait que 35% de la population serait touchée. Il fallait donc tenir compte que la pandémie ferait 2,6 millions de malades, nécessiterait 34 000 hospitalisations et entraînerait 8500 décès.

À ce jour, la virulence du virus de la grippe A(H1N1) semble moins importante que ce que les prédictions ne le laissaient présager. Mais les autorités de la santé publique ne veulent rien laisser au hasard.

Ainsi, 53 millions de paires de gants ont été achetées, 37 000 unités de gel antiseptique, 2,5 millions de blouses non stériles, 23 millions de masques, 15 millions de seringues, 12 000 contenants pour entreposer les seringues usagées.

Stéthoscopes, lits, respirateurs, visières ou thermomètres, la liste de matériel est longue. Elle inclut également 70 sortes de médicaments différents que l'on retrouve habituellement dans les hôpitaux, principalement des antibiotiques.

À cela s'ajoute également l'achat de 15 millions de doses d'antiviraux comme le Tamiflu et le Relenza. L'approvisionnement est constant puisque le ministère doit s'assurer que les médicaments ne sont pas périmés.

Dans le cas des antiviraux, par exemple, les deux-tiers des réserves seront échues en janvier prochain, si bien que des achats seront faits d'ici la fin de l'année.

«Nous sommes en train de corriger certaines choses en terme d'inventaire qui va nous permettre d'avoir un peu plus d'antiviraux pédiatriques plutôt que d'antiviraux dits pour adultes», explique M. Laflamme.

Les entrepôts devraient permettre de faire face à huit semaines de crise majeure. Les hôpitaux, pour leur part, doivent avoir des réserves qui leur permettront de tenir sept jours avant de se tourner vers les réserves nationales.

Si la situation s'aggrave, le ministère a également prévu l'ouverture de sites non traditionnels (SNT) qui doivent aussi être approvisionnés. Aux quelque 17 000 lits de courte durée dans la province, s'ajouteront ainsi 4800 lits dans les SNT. Ces unités de soins pourraient être aménagées dans des locaux désaffectés existants dans les établissements de santé.

Des sites non traditionnels sont aussi prévus pour désengorger les urgences. Dans une municipalité durement frappée, les malades seraient ainsi invités à s'y présenter pour recevoir des soins, enlevant de la pression sur les cabinets privés et les urgences.

Il faudra aussi prévoir du délestage. Les hôpitaux devront cesser certaines interventions médicales ou chirurgicales jugées moins urgentes pour se concentrer sur la pandémie. «Il va falloir prévoir ça, on n'a pas le choix», mentionne M. Laflamme.

Une fois la pandémie passée, le ministère verra s'il continuera de maintenir des réserves. «On en a encore pour un an et demi à vivre avec notre inventaire et à prévoir ce qu'on ne veut pas qui arrive. Est-ce que c'est un truc qu'on va maintenir? C'est une bonne question. Je pense que ce sont des discussions qu'il faudra avoir à l'interne», indique M. Laflamme.

La gestion des entrepôts a coûté à ce jour 300 000$. Quant à l'achat des stocks, le coordonnateur pandémie n'est pas en mesure de le quantifier puisqu'il s'agit principalement «de gonflement des réserves» qu'on retrouve actuellement dans les hôpitaux.