Depuis qu'elle a été nommée directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, le 1er janvier 2007, un véritable vent de renouveau et de jeunesse souffle sur l'importante institution montréalaise.

Anne Richer LA PRESSE

Nathalie Bondil a, dans un premier temps, fait entrer la mode au Musée avec la rétrospective Yves Saint Laurent. Ensuite ce fut l'exposition La musique et la danse dans l'oeuvre d'Andy Warhol. Et puis Cuba! Art et histoire de 1868 à aujourd'hui. Conservatrice en chef durant 10 ans avant sa nomination comme directrice, elle a agi comme commissaire pour d'autres expositions qui ont connu d'énormes succès, notamment Picasso érotique pour ne nommer que celle-là. En 2008, Nathalie Bondil a reçu les insignes de Chevalier de l'Ordre des arts et des lettres de la République française. En 2010, elle sera le maître d'oeuvre du 150e anniversaire de la fondation du Musée.

 

Pour son apport considérable au rayonnement de Montréal, La Presse et Radio-Canada lui décernent le titre de Personnalité de la semaine.

L'art malgré tout

En dépit de la crise économique, les amateurs d'art restent fidèles au poste.

La grande campagne de financement dont l'objectif est de 110 millions va bon train. Le projet d'expansion de 40 millions, l'ajout d'un quatrième pavillon (et d'une salle de concert), et la réorganisation générale des collections aussi. «La crise? Nos valeurs ont été bouleversées. La précarité économique nous rend interdépendants. C'est un phénomène brutal effectivement qui a une dimension globale.»

Elle ajoute: «Nous travaillons pour les gens. Le Musée est lui-même une institution instaurée par des individus passionnés et non pas créée par l'État. Nous sommes le réceptacle d'une collectivité.»

La conjoncture actuelle nous permettra peut-être de revenir à la source de nos valeurs humaines, rêve-t-elle, avec moins de richesses ostentatoires, moins d'arrogance.

L'art est un moyen d'appréhender le monde; un outil pour le comprendre de manière sensible; pour «le lire avec son âme», assure la directrice. «L'homme est à la recherche de l'invisible, dit-elle, de valeurs qui nous permettent de nous recentrer, d'enrichir notre humanité. L'art n'est pas juste un accompagnement; c'est un contenant avec des émotions.» Peu importe sa forme. «On considère le film comme véhicule artistique, la photographie, les dessins animés. Tous les arts s'enrichissent mutuellement», déclare Nathalie Bondil.

Et le Musée respire avant tout le présent et la vie. Il abrite des prophètes: «Des dénonciateurs, des provocateurs, des poètes aussi.» La génération actuelle d'artistes se ressource. L'enthousiasme et la foi de la directrice n'ont d'égal que sa volonté de les découvrir. De les mettre en valeur.

Les 500 000 visiteurs par année se pressent d'aller se nourrir les yeux et l'âme devant le menu changeant et alléchant qu'offre le Musée.

Une fille du Sud

Elle possède la double citoyenneté: française et canadienne. Née le 19 février 1967, à Barcelone, Nathalie Bondil a vécu au Maroc et a découvert le reste du monde, plus tard, sac au dos. Passionnée de paysages nouveaux mais surtout par les humains, chaque découverte la remplit de joie. Sur le plan professionnel, avant ses responsabilités actuelles, elle occupait le poste de conservatrice au Musée national des monuments français à Paris. Elle est diplômée de l'École du Louvre et de l'École nationale du patrimoine, avec une spécialité Art et civilisation en Europe (fin du XVIIIe, début du XXe siècle.)

Pourtant rien au sein de sa famille ne la prédisposait à suivre cette voie des arts. «Mon milieu était cependant ouvert sur le monde. De plus j'ai toujours eu une passion pour la vie, une boulimie d'action, de connaissances. Je voulais faire quelque chose d'utile.»

Montréal est un lieu qui la comble. «Dans cette ville partout existent de véritables échanges; il y règne une folie douce, un goût pour la culture, une charge émotive intense, une grande créativité. C'est très stimulant, car on peut voir l'impact de son travail à très court terme.»

La capacité à s'émerveiller demeure le plus grand signe de vie. «Nous tentons toujours d'émerveiller les visiteurs du Musée.» L'équipe qui l'accompagne partage ses principes et ses rêves. «La tête dans les étoiles et les pieds sur terre.» Les échanges sont privilégiés, et non pas les liens hiérarchiques qui peuvent court-circuiter la spontanéité et la créativité.

Un mari, une fille de 10 ans, complètent le tableau. «On me connaît en action. Pourtant je vis très bien la solitude. J'adore rêver... la nuit. J'écoute ces rêves chargés de messages.» Ses petites voix intérieures assurent la liaison entre l'action et la contemplation.

«Pour donner il faut se nourrir», assure la directrice qui avoue son péché mignon de gourmandise et qui place l'indépendance au-dessus de tout. «Il ne faut pas se perdre», dit-elle.

Et une fois que tous les éléments atteignent l'équilibre, elle reprend le collier avec une énergie considérable. «Je me sens parfois comme une jardinière. Je vois les plantes grandir qui deviendront éventuellement une grande forêt.»