La gloire à 20 ans, c'est exceptionnel. Xavier Dolan, ce jeune Montréalais qui a scénarisé, réalisé et produit lui-même le film J'ai tué ma mère, a réussi l'exploit de recevoir trois des quatre prix de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, seulement trois ans après avoir commencé à rêver d'être réalisateur.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Quand il avait 17 ans, grâce à la compagne de son père, Xavier Dolan a découvert les films de la Nouvelle Vague française. Lui qui, jusqu'alors, ne connaissait que les films d'action à la Batman s'est découvert une passion pour le cinéma d'auteur. Et il a décidé qu'il ne serait pas acteur, mais bien réalisateur.

 

Pour écrire son premier scénario, il est parti d'une nouvelle, Le matricide, qu'il avait écrite adolescent en se basant sur ses relations difficiles avec sa mère. «Je me suis battu pour le film. J'y ai investi mes économies.»

J'ai tué ma mère a été sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le succès a été phénoménal. Le cinéaste de 20 ans a raflé le prix de la Société des auteurs et des compositeurs dramatiques, réservé aux films francophones, le prix d'Art et d'essai et le prix Regards jeunes. Cette reconnaissance exceptionnelle de son talent lui vaut d'être nommé Personnalité de la semaine par La Presse et Radio-Canada.

J'ai tué ma mère décrit les relations difficiles entre un jeune homme de 16 ans et sa mère, avec qui il vit seul. Il envie particulièrement la relation harmonieuse qu'entretient avec sa propre mère son meilleur ami - qui est aussi son amoureux. De fugues en placement au pensionnat, le jeune homme doit affronter la déception de ne plus être comblé par sa mère.

Comment l'idée du film lui est-elle venue? «L'époque où je vivais chez ma mère était assez fertile en griefs et altercations. Ça m'a plutôt inspiré. J'ai écrit la nouvelle pour me libérer après avoir abandonné le cégep, alors que j'étais aux prises avec la solitude de mon appart. J'ai voulu faire le film tout de suite, avant qu'il soit trop tard, pendant que l'histoire avait encore une saveur, une raison d'être.»

Le parallèle entre la fiction et la réalité est moins fort pour les autres personnages. Les pères absents du film sont «typiques d'hommes qui abandonnent leurs enfants à leur mère», mais ils ne ressemblent pas du tout au sien, dit-il. Et les personnages secondaires partagent certains traits avec la réalité, notamment une enseignante qui a beaucoup compté pour lui, mais avec de nombreuses différences.

Né d'une mère administratrice scolaire et d'un père comédien et chanteur, M. Dolan a été acteur dès l'âge de 4 ans dans des publicités et des films. Né à Montréal, il a grandi chez sa mère, sur la Rive-Sud. Au secondaire, il a brièvement fréquenté un pensionnat des Cantons-de-l'Est, puis une école privée de la Rive-Sud. Il s'est inscrit en littérature au collège Maisonneuve, où travaille sa mère, mais il n'a pas terminé le cégep. «C'était un peu suffoquant et conformiste, surtout dans le cours de français, où la seule possibilité envisageable aux yeux de l'enseignant pour la constitution d'une phrase était sujet-verbe-complément.»

Le film jette par ailleurs un regard presque méprisant sur la radio et la télévision populaires et s'attarde longuement sur les différents niveaux de langage. Considère-t-il que la culture québécoise est médiocre?

«Il y a différents univers qui se côtoient, dit M. Dolan. Autant il y a un univers extrêmement châtié, autant il y en a un autre extrêmement charretier. Je crois que la société est en proie à un contenu de plus en plus abêtissant. Mais le public choisit ce qui lui plaît. Il y a des publics pour tous les tons, les thèmes, les genres. Et en même temps le Québec a un cinéma d'auteur qui s'affranchit de plus en plus.»

Xavier Dolan est effervescent. Durant l'entrevue, à propos d'une réflexion qu'il vient de faire sur la génération Y, il se reprend: «Oublie ce que je viens de dire, j'ai changé d'idée depuis 25 secondes.»

Il se défend d'avoir des idées dignes d'être mentionnées, mais il n'hésite pas à s'exprimer sur la foi et l'athéisme, et aussi sur la fébrilité du début de la vingtaine: «Je sais que je ne suis pas encore tout à fait un homme, je commence ma vie d'adulte. Mais je pense que, contrairement aux générations qui nous précèdent, nous sommes placés devant toutes sortes de facteurs inquiétants, le réchauffement de la planète, la grippe aviaire qui plane, le mythe de 2012. Ça donne l'impression qu'on peut mourir subitement. Que tout pourrait s'arrêter subitement. Ça me donne une sorte de pulsion.»

Le jeune cinéaste est plus discret sur l'homosexualité, abordée pudiquement dans son film. «Je ne vois pas vraiment la nécessité de souligner crayon rouge des choses qui devraient depuis longtemps être entrées des les moeurs avec fluidité.»

Son prochain film, dont le scénario s'appelle Laurence Anyways, touchera le sujet plus directement. «C'est l'histoire d'un couple, un Français et une Québécoise, d'un amour passionné bouleversé par la décision de l'homme de devenir une femme et la décision de la femme de le suivre dans sa métamorphose.»

Xavier Dolan cherche également un éditeur pour un recueil de poésie qu'il a composé. Sera-t-il le Rimbaud québécois?