Les propriétaires de stationnements du centre-ville fulminent contre la nouvelle taxe qu'a annoncée l'administration Tremblay dans son budget. Les quelque 20 millions de dollars que la Ville leur prélèvera seront directement refilés aux consommateurs, ont-ils prévenu hier, et plusieurs marchands craignent d'être affectés à leur tour.

Mis à jour le 15 janv. 2010
Martin Croteau LA PRESSE

Le maire Gérald Tremblay utilise pour la première fois les nouveaux pouvoirs de taxation que Québec lui a conférés avec la loi 22. La taxe prendra la forme d'un taux calculé selon la superficie de l'établissement. Et la totalité des sommes qui seront perçues servira à financer le transport collectif.

 

Les stationnements situés au coeur du centre-ville et dans le quartier des affaires paieront un taux plus fort. Ceux qui se trouvent dans une zone périphérique comprise entre les rues Atwater à l'ouest, Papineau à l'est, des Pins au nord et Bridge au sud seront soumis à un taux moins élevé. Dans les deux zones, les stationnements à ciel ouvert paieront deux ou trois fois plus que les stationnements intérieurs.

La Ville estime que la taxe se traduira par une hausse de tarif de 1 ou 2$ par jour pour les automobilistes.

Pour Serge Laleyan, c'est la catastrophe. Propriétaire de Stationnement Crescent, il exploite six établissements au centre-ville. Pour un seul de ceux-ci, un complexe intérieur de 620 places dans la rue de Maisonneuve, il devra verser 140 000$ à la Ville. L'entrepreneur affirme qu'il n'aura d'autre choix que de refiler la note à sa clientèle.

«On essaie de nous imposer ça depuis longtemps, a-t-il soupiré. On est obligés de payer pour les erreurs de M. Tremblay, qui est aux prises avec ses compteurs d'eau.»

Le responsable des finances au comité exécutif, Alan DeSousa, affirme que la mesure épouse les objectifs du plan de transport adopté par la Ville, qui prévoit le plafonnement du stationnement dans les secteurs bien desservis par l'autobus et le métro. «Ce n'est pas une taxe pour renflouer les coffres de la Ville, a-t-il affirmé. C'est une taxe pour financer le transport en commun.»

Les commerçants ont peur

Les propriétaires de stationnements ne sont pas seuls à craindre les effets du nouveau prélèvement.

Les commerçants, notamment ceux du centre-ville, critiquent depuis longtemps l'augmentation des tarifs de parcomètres. Cette nouvelle augmentation du coût du stationnement pourrait pousser plusieurs clients vers la banlieue, où il ne coûte pas un sou de garer sa voiture.

Le président de la chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, souligne que le taux d'inoccupation dans les commerces du centre-ville est passé de 5,6% à 8%, signe que la récession a durement frappé l'économie du centre-ville.

Selon lui, la taxe sur le stationnement et les hausses de l'impôt foncier de 6% pourraient mettre en péril la fragile reprise économique.

«Le risque, a-t-il indiqué, c'est que d'autres entreprises de Montréal, dont les ventes sont déjà faibles, s'aperçoivent qu'elles ont moins de clients parce que des gens auraient la perception que se stationner au centre-ville coûte plus cher.»

Mais les commerçants trouveront leur compte dans le budget, rétorque Alan DeSousa, puisque la Ville prévoit des sommes pour parachever des projets qui feront du centre-ville une destination plus attrayante. Il cite en exemple le Quartier des spectacles, qui devrait entraîner d'importantes retombées économiques.