Numéro 3 de l'administration du maire Gérald Tremblay, André Lavallée a commis il y a 38 ans une faute qu'il n'a jamais révélée au grand public. En entrevue avec La Presse, il dit assumer son passé et être fier de ses réalisations d'élu municipal.

Mis à jour le 17 sept. 2009
Éric Clément LA PRESSE

André Lavallée était sous le choc, hier matin, lorsque La Presse lui a demandé une entrevue à propos de son passé. «Je suis surpris et pas surpris en même temps, a-t-il dit. Mais ce sont des faits qui n'ont jamais été cachés ou niés. En 1986, en 1990, en 1994, en 1998, en 2001 et en 2003, quand je suis allé au cabinet de Louise Harel, des journalistes ont communiqué avec moi.»

 

En effet, quelques journalistes et quelques élus étaient au courant. Depuis la première élection de M. Lavallée, aucun média n'avait rendu publiques ces révélations contenues dans le rapport de la commission Keable et dans des volumes des Archives nationales du Québec.

M. Lavallée reconnaît les faits. «J'ai été associé en 1971 à des activités apparentées au FLQ, avec d'autres étudiants, au cégep, dit-il. On a vite compris, après quelques événements, que dans le fond, tout ça était une sorte de coup monté. Quelques années plus tard, on a compris qu'on était dans un contexte de provocation et d'infiltration policière. J'avais 19 ans. Tout ça était cousu de fil blanc. On l'a vu au moment de la commission Keable. Pour moi, ce sont des événements qui remontent à 38 ans, qui n'ont eu aucun impact. Je n'ai pas été accusé de crime. Je n'ai pas de casier judiciaire.»

Il assume le fait d'avoir participé à la diffusion d'un communiqué. «On m'a surtout demandé de taper un communiqué et de le distribuer», dit-il. Et il reconnaît avoir participé au vol de la caisse d'un bingo dans le centre-ville.

Il explique que, à l'époque, il avait été choqué par la situation politique au Québec, «comme tout le monde», dit-il. Quand on lui demande s'il était conscient de ses faits et gestes ou s'il a été embrigadé, il répond que des professeurs s'intéressaient à ce que les jeunes pensaient.

«Et de fil en aiguille, ils nous embarquaient dans des affaires, dit-il. C'était plus de l'agitation, exprimer une indignation. Personne parmi les gens que j'ai connus, étudiants à ce moment-là, n'a posé de bombe.»

André Lavallée affirme avoir a mis le maire au courant de son passé felquiste hier matin. «Gérald Tremblay m'a réitéré son entière confiance», dit-il. A-t-il été surpris? «Je le laisserai faire ses propres commentaires. Les gens qui m'ont vu travailler depuis 38 ans me font confiance et je crois que je mérite cette confiance.»

Déçu

M. Lavallée est déçu que cette histoire soit rendue publique. «Essentiellement, ce sont des faits qui ont eu lieu il y a 38 ans avec lesquels j'ai rompu dès le lendemain, dit-il. Les gens savent avec quelle intégrité j'ai défendu des valeurs qui sont, entre autres, des valeurs d'engagement démocratique et citoyen depuis des années.»

M. Lavallée est en effet devenu une personnalité marquante de la politique municipale montréalaise. Le premier plan d'urbanisme de la Ville de Montréal en 1992, c'est lui. Il est aussi le père du plan de transport de Montréal (2008). Il a implanté le Bixi. C'est un homme respecté, progressiste et travailleur. Il est devenu maire de Rosemont-La Petite-Patrie en 2005 et a été choisi par le maire Tremblay pour occuper la vice-présidence du comité exécutif de Montréal en 2009.

Quand on lui demande pourquoi, quand il s'est lancé en politique en 1986, il n'en a pas parlé ouvertement pour que ce soit réglé une fois pour toutes, il répond qu'on lui a déjà posé la question, que «ça a été discuté dans les salles éditoriales» mais que personne n'a publié l'information. «Les gens ont jugé que les explications que je donnais étaient valables, qu'il n'y avait pas lieu de faire le jeu d'un parti politique ou d'un autre et que mes faits, mes gestes et ce que je défendais comme valeurs démontraient mon intégrité», dit-il.

«Je sais qui est au courant de ça, dit-il. (...) C'était des faits connus au gouvernement du Québec. Et on ne m'a jamais reproché ces événements-là. Tout ce que je sais, c'est que je suis en campagne électorale. Et ces faits-là reviennent à la surface. On m'avait dit que mon refus de me joindre à Vision Montréal aurait peut-être des conséquences. Je ne veux nommer personne en particulier. Je ne me lancerai pas dans une chasse aux sorcières.»

 

Le PARCOURS D'ANDRÉ LAVALLÉE

Conseiller municipal de 1986 à 1998 et de 2005 à aujourd'hui > Conseiller membre du Rassemblement des citoyens de Montréal de 1986 à 1998 > Chef de l'opposition de 1994 à 1998 > Responsable de la Société de promotion et de développement du Croissant de l'Est en 1998-1999 > Entre au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, de 1999 à 2003 > Membre du parti Union Montréal du maire Gérald Tremblay depuis 2005 > Maire de l'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie depuis 2005 > Membre du comité exécutif depuis 2005 > Vice-président du comité exécutif depuis janvier 2009 > Membre du conseil d'agglomération de Montréal > Membre du comité exécutif de la Communauté métropolitaine de Montréal > Actuellement candidat à sa succession à titre de maire de Rosemont-La Petite-Patrie