Pour convaincre Yvan Delorme de demeurer chef du Service de police de la Ville de Montréal, l'administration du maire Gérald Tremblay a décidé de lui verser au moins 400 000$ en prestations supplémentaires de retraite, a appris La Presse.

Mis à jour le 26 août 2009
Éric Clément LA PRESSE

Le contrat de travail d'Yvan Delorme expirait le 13 avril 2010, mais l'administration Tremblay a devancé cette échéance pour prolonger ce contrat de trois ans. Demain, le conseil d'agglomération devrait adopter la recommandation du comité exécutif, qui vise à proposer au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, de reconduire M. Delorme dans ses fonctions avec une prime de rétention de 400 000$.

L'administration Tremblay explique qu'il s'agit d'une «mesure exceptionnelle». Il est rare, dit-on, que l'on fasse appel au Programme de prestations supplémentaires des cadres de direction de la Ville pour accorder un tel bonus à un cadre.

«Pour M. Delorme, on va reconnaître, pour une année de travail, deux années de prestation dans le régime de retraite pour les prochaines années», explique Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles au Service du capital humain de la Ville.

Selon lui, la Ville a décidé d'agir ainsi afin de s'assurer de conserver les services de M. Delorme, devenu chef de la police de Montréal à l'âge de 43 ans en avril 2005, à l'époque où Frank Zampino était encore président du comité exécutif.

«Quand on est rendu à des échelons tels que celui où se trouve M. Delorme, on est très sollicité dans le marché, dit M. Hinse. Alors cette pratique-là, sans être très étendue, se voit assez régulièrement, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. On offre, au-delà du régime de base, des prestations supplémentaires de retraite pour faire en sorte de rendre plus attrayante la fonction qu'il occupe.»

M. Delorme touche actuellement un salaire de 194 000$. En avril 2010, il aura 26 ans et sept mois de service à la Ville. Selon la nouvelle disposition, on lui donnera au jour 1 de l'application du nouveau contrat une prestation de retraite supplémentaire, comme s'il avait déjà fait un an et cinq mois de travail supplémentaire. «En avril 2011, au lieu de 28 ans de service à la Ville, on comptera 30 ans de service, et ainsi de suite», explique M. Hinse.

La Ville calcule que cette promesse représente 400 000$ si M. Delorme prend sa retraite en 2013 et vit jusqu'en 2033. Cela pourrait représenter évidemment une somme supérieure s'il vit plus longtemps.

Hier, l'opposition officielle a voté contre la proposition de prolonger le contrat de M. Delorme parce que l'administration Tremblay a refusé de scinder la proposition en deux, en séparant la prolongation du contrat et les modalités liées aux 400 000$.

«Dans le contexte financier actuel, compte tenu des compressions dans les services policiers - on parle de 13,8

millions - et des coupes qu'on doit faire à la Ville, soit 155 millions, dont 20 millions dans les arrondissements, et comme l'entente avec les cols bleus n'est pas signée, je pense que c'est indécent et que cela ne devrait pas avoir lieu, a dit Benoit Labonté à La Presse. L'argument de l'administration était très faible. On dit que c'est parce qu'il a été nommé jeune qu'on doit agir ainsi. À ce compte-là, tous les jeunes nommés à la Ville pourraient un jour réclamer la même chose. Et encore une fois, je veux être bien clair, ce n'est pas un jugement sur la qualité et le mérite du directeur de police.»

En entretien avec La Presse, le maire Tremblay a dit hier soir que les 400 000$ ne sont pas un bonus mais le résultat d'une promesse qu'avait faite Robert Abdallah, l'ex-directeur général de la Ville, à M. Delorme quand il a été choisi directeur. «Les directeurs généraux de la Ville avaient les mêmes conditions, dit le maire Tremblay. Le directeur du Service incendie également, sauf que, dans le cas d'Yvan Delorme, malgré les promesses qui avaient été faites, ça n'avait jamais été finalisé.»