Faut-il débaptiser la rue Amherst? Ce sujet délicat et controversé est revenu sur le tapis, ce mardi, après que le conseiller municipal indépendant Nicolas Montmorency en ait fait la suggestion. La candidate à la mairie Louise O'Sullivan est d'accord avec lui mais le maire de Ville-Marie, Benoit Labonté, n'a pas d'opinion sur le sujet.

Éric Clément LA PRESSE

Conseiller municipal du district de La Pointe-aux-Prairies, dans Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, M. Montmorency demande qu'on débaptise la rue Amherst car l'officier de l'armée britannique Jeffery Amherst est indigne, selon lui, d'un tel honneur. Il y a belle lurette que des francophones demandent qu'on débaptise la rue Amherst. Comme le dit M. Montmorency, il considèrent «tout à fait inacceptable qu'un homme ayant tenu des propos soutenant l'extermination des Amérindiens soit honoré de la sorte».

«Bien qu'il s'agisse d'un personnage historique, la culture et l'histoire anglophones de Montréal ne doivent pas être injustement représentées par une personne ouvertement en faveur de l'extermination d'un peuple», dit M. Montmorency.

Candidate à la mairie, Louise O'Sullivan, si elle est élue, ne voudra pas diviser la population avec les anglophones d'un côté et les francophones de l'autre. Mais dans le dossier de la rue Amherst, elle est d'accord pour changer le nom. «Cette personne a pris une position inadmissible à l'époque, dit-elle. Il y a eu une épidémie de variole causée par cette personne. Il y a eu une injustice et il faut la corriger.»

Dans Ville-Marie, le maire Labonté est passé par son conseiller politique pour réagir: «On ne partira pas de débat sur le nom, dit Jacques Taillefer. M. Labonté n'a pas d'opinion sur le nom spécifique de la rue Amherst et ne tient pas à le remettre en question.»

Ni le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ni le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, et son nouvel allié, John Gomery, n'ont rappelé La Presse pour s'exprimer sur le sujet.

De façon plus large, Nicolas Montmorency est «préoccupé par l'avenir du français dans la deuxième ville francophone au monde». Il a déposé deux motions au greffier de la Ville afin qu'elles soient débattues lors de la prochaine séance du conseil municipal, le 24 août. Il dit se questionner sur «l'utilité de nommer certaines rues avec des dénominations non-francophones, comme les rues University ou City Councillors.»

«Le but de cette proposition n'est pas de nier un pan de l'histoire de Montréal, bien au contraire, dit-il. Malheureusement, la métropole du Québec s'anglicise un peu plus tous les ans. Ses élus doivent faire en sorte que ce qui a toujours fait la renommée de Montréal à travers le monde, soit sa culture riche et diversifiée ayant pour base le rayonnement du français, ne soit pas indûment diluée. Montréal est une ville cosmopolite de langue française: il faut en être fier et l'affirmer.»

M. Montmorency invite la population à joindre son groupe Facebook, Francisation des rues de Montréal / Rue Amherst, «afin de démontrer son intérêt aux autres élus municipaux face à cette proposition».

À Chambly, la rue Colborne fait aussi jaser. Les soldats du colonel John Colborne avaient tué bien des Canadiens français en 1837.