L'ex-directeur adjoint des travaux publics de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, Daniel Labrecque, impliqué dans un scandale sur des contrats de transport de neige, a perdu sa cause devant la Commission des relations de travail (CRT), a appris La Presse. Dans son jugement, la CRT conclut que M. Labrecque, qui est conseiller municipal à Repentigny depuis 1993, «a, selon toute vraisemblance, agi de façon à favoriser» l'entrepreneur Jean-Guy Ste-Croix, des Entreprises Ste-Croix.

Mis à jour le 9 juill. 2009
Éric Clément LA PRESSE

Embauché à l'arrondissement en 2006, Daniel Labrecque fait un voyage de golf au Portugal en avril 2007. L'entrepreneur Jean-Guy Ste-Croix est du même voyage. En novembre 2007, un homme d'affaires se plaint, au conseil d'arrondissement, qu'il n'a pas obtenu un contrat de transport de neige même s'il est le plus bas soumissionnaire. À la même séance, la conseillère Noushig Eloyan fait état de rumeurs relativement à un voyage de golf qui a réuni un cadre et un entrepreneur.

 

Neuf jours plus tard, M. Labrecque est suspendu puis destitué en janvier 2008 à la suite d'une enquête de la Ville. M. Labrecque conteste son congédiement devant la CRT.

La Commission donne raison à la Ville le 30 juin. M. Labrecque allègue qu'il avait «été surpris quand il a reconnu» l'entrepreneur dans l'avion à destination du Portugal. Mais la Ville apprend que M. Labrecque et M. Ste-Croix se sont parlé quatre fois au téléphone le jour du départ et une dizaine de fois avant l'achat du voyage. M. Labrecque a «contacté M. Ste-Croix 149 fois sur son cellulaire entre la mi-janvier et le 8 novembre 2007».

Confronté à ces faits en janvier 2008, M. Labrecque change sa version, disant qu'il avait été «mal à l'aise» et «intimidé» d'être «traité en criminel». Il reconnaît avoir pris un repas ou un apéritif avec M. Ste-Croix à l'aéroport avant de partir au Portugal.

Après le voyage, M. Ste-Croix soumissionne pour un contrat. Le 26 août 2007, il met même en demeure l'arrondissement «d'accepter sa soumission et de rejeter le plus bas soumissionnaire parce que non conforme». Le 10 octobre 2007, l'arrondissement lance un nouvel appel d'offres pour trois contrats. «Ste-Croix et le plaignant s'échangent plus d'une vingtaine d'appels, dont quatre le jour de l'ouverture» des soumissions, lit-on dans la décision.

Pendant l'analyse des soumissions, près d'une vingtaine de conversations téléphoniques ont lieu. La CRT explique en détail comment M. Ste-Croix a obtenu deux contrats sur trois. «Les prix des soumissionnaires pour les trois contrats variaient de 1,52$ à 2,35$ le m3 et tous, sauf ceux de Ste-Croix, sont inférieurs à 2,20$», indique la décision.

La CRT ajoute que la relation entre les deux hommes «était susceptible de le placer en conflit ou même en simple apparence de conflit d'intérêts». «En fait, selon la preuve au dossier, le plaignant a selon toute vraisemblance agi de façon à favoriser Ste-Croix, ce qu'il a fait directement lorsqu'il a négocié avec lui de gré à gré.»

La CRT conclut qu'un lien de confiance entre la Ville et M. Labrecque ne peut plus subsister.

Daniel Labrecque n'a pas rappelé La Presse hier.