Gérald Tremblay a affirmé avoir contacté les autorités policières et leur a demandé de faire enquête dès qu'il a entendu parler de possibles tentatives d'extorsion et de corruption dans le dossier d'un contrat de 10,6 millions $ pour la réfection du toit de l'Hôtel de Ville.

Michel Lamarche LA PRESSE CANADIENNE

«C'est moi, personnellement, qui ai demandé à la police de Montréal de faire enquête dès que j'ai été informé, et la police de Montréal a confié le dossier à la Sûreté du Québec», a fait savoir le maire de Montréal, mardi, lors d'une conférence de presse convoquée à la dernière minute.

M. Tremblay a également déclaré avoir discuté avec l'éditorialiste en chef du journal La Presse il y a trois jours, pour lui demander de ne rien publier sur cette affaire afin de permettre aux autorités policières de mener leur enquête.

Or, dans son édition de mardi, La Presse a dévoilé la nouvelle, soulevant l'ire de M. Tremblay qui s'est livré à une sortie en règle contre le quotidien montréalais. Une sortie qui a représenté l'essentiel de sa conférence de presse.

«Je trouve que le traitement fait par le journal en première page tente encore une fois de discréditer mon administration. Ce n'est pas de l'éthique journalistique. L'article, ce sont des insinuations, des suppositions, des allégations non prouvées. La preuve, c'est que l'enquête suit son cours. Attendons les résultats de l'enquête. Si vous avez des preuves, des noms d'élus, je vous mets au défi: nommez-les, les élus, au lieu de faire des insinuations puis de discréditer et d'attaquer des réputations», a ajouté M. Tremblay en s'adressant directement au journal montréalais.

Au journal, on fait remarquer qu'en aucun cas le maire n'a nié les faits rapportés.

«Ce n'est la première fois que le maire de Montréal s'en prend à La Presse, c'est au moins la deuxième ou troisième fois à la suite des articles que nous avons publiés. Et je vous dirais que dans toutes ces réactions du maire Tremblay, en aucun cas il n'a remis en cause un seul des faits que nous avons avancés au niveau de leur véracité.

Donc sur le fond, le maire de Montréal ne contredit pas nos histoires et ça, c'est ma principale conclusion», a réagi l'éditeur adjoint de La Presse, Philippe Cantin, mardi après-midi.

La colère du maire Tremblay envers La Presse était d'une telle ampleur qu'il a même refusé de répondre à une journaliste du quotidien, Michèle Ouimet, pendant la conférence de presse.

«Je ne sais pas si je vais répondre à votre question», lui a lancé M. Tremblay avant de regarder en direction opposée et demander s'il y avait d'autres questions.

«J'ose croire à un moment d'égarement sous le coup de la colère, tout simplement», a déclaré M. Cantin à ce sujet.

«Ce matin (mardi), il semblait très en colère et pour qui connaît Michèle Ouimet, elle retournera à la prochaine conférence de presse du maire et elle lui posera toutes les questions qu'elle veut. Et je pense que le maire va continuer de répondre aux questions de La Presse. Je serais très étonné du contraire», a-t-il ajouté.

Selon M. Tremblay, le dévoilement de l'enquête de la SQ sur ces allégations rendra très difficile tout progrès.

«Pensez-vous maintenant que les personnes visées pourront être captées sur écoute électronique? Il est trop tard.»

Le maire Tremblay a par ailleurs noté qu'il avait posé des gestes concrets, par le passé, pour combattre la corruption.

«Je ne dis rien qui n'est pas connu et qui n'est pas insinué dans le monde municipal», a lancé M. Tremblay.

«Ca fait des décennies qu'on dit la même chose dans le monde municipal, et à partir du moment où j'ai été informé que des enveloppes brunes circulaient dans le monde municipal, j'ai agi et j'ai assumé mes responsabilités. Et l'information qui est disponible maintenant, depuis un certain nombre d'années, est grandement due au fait que j'ai posé des gestes concrets pour faire la lumière sur ces insinuations.»

«Je ne suis pas un policier. Par contre, lorsque je vois des irrégularités, je demande aux autorités compétentes de faire les vérifications et les enquêtes nécessaires. Laissons les enquêtes suivre leur cours», a renchéri le maire de Montréal.

Selon ce qu'a rapporté La Presse dans son édition de mardi, l'entrepreneur qui a obtenu le contrat de réfection du toit, Paul Sauvé, affirme qu'un membre d'une famille de la mafia lui a demandé une somme 40 000 $, destinée à deux élus d'Union Montréal, le parti de M. Tremblay.

En échange, M. Sauvé aurait obtenu l'assurance que son entreprise, L. M. Sauvé, pourrait continuer à travailler sur le chantier même si elle est en situation de faillite. M. Sauvé dit avoir refusé de verser le montant de 40 000 $ à l'individu. Il a rapporté cet incident à une réunion de chantier au mois de mars.