L'Association des restaurateurs du Québec (ARQ) considère que la Ville de Montréal fait preuve d'arrogance en affirmant que les plaintes des restaurateurs sur le coût des parcomètres est»une opinion marginale». En réaction à cette critique de l'ARQ, la Ville promet maintenant»de discuter avec les commerçants».

Éric Clément LA PRESSE

«C'est choquant de lire les propos de Marvin Rotrand dans La Presse du 25 mars sur les plaintes des restaurateurs envers les parcomètres, dit François Meunier, vice-président Affaires publiques de l'ARQ. S'il y a quelque chose de «marginal» dans cette histoire, c'est bien la position de la Ville.»

Interrogé par La Presse, mardi, le conseiller municipal Marvin Rotrand, spécialiste de la question des parcomètres à la Ville de Montréal, avait dit que l'opinion des restaurateurs qui réclament que les parcomètres redeviennent gratuits les lundis, mardis et mercredis après 18h et les samedis et dimanches après 13h, «est marginale». «C'est un groupe restreint de cinq personnes qui a toujours les mêmes arguments, avait dit M. Rotrand. La Ville veut favoriser le transport en commun et décourager l'utilisation de la voiture.»

L'Association des restaurateurs du Québec, qui représente près de 1000 restaurateurs à Montréal, dit que les parcomètres»causent beaucoup d'irritation et favorisent de manière tangible l'exode de la clientèle vers les banlieues». «En considérant le contexte économique actuel, tout ce que les restaurateurs demandent c'est un peu de répit, dit M. Meunier. Dans les circonstances, l'arrogance de M. Rotrand est déplacée. Il aurait avantage à se promener un peu dans les rues de Montréal pour avoir le pouls de la population et des commerçants. Il s'apercevrait que ce que ces gens disent reflète l'opinion de la majorité, j'en suis convaincu.»

M. Meunier dit que la tarification est mal faite. «C'est choquant de ne pas avoir davantage d'écoute de la part des élus, dit-il. On ne peut pas attribuer tout le ralentissement économique aux parcomètres mais c'est quelque chose qui ne favorise pas le développement commercial de la Ville de Montréal.»

L'ARQ n'ignore pas le fait que les revenus des stationnements représentent 43 millions par année pour la municipalité mais il estime qu'il «y a une limite à ne pas dépasser» sinon les consommateurs changent leurs habitudes de consommation et se rendent alors plus facilement dans les banlieues où le stationnement est souvent gratuit, comme à Laval ou dans les 1300 places du quartier Dix30 de Brossard.

Quant à l'argument de Marvin Rotrand selon lequel les tarifs des parcomètres sont moins élevés à Montréal que dans d'autres villes canadiennes ou américaines, François Meunier affirme que l'argument ne tient pas compte du coût de la vie plus élevé dans ces villes. «Je suis convaincu qu'en tenant compte du revenu disponible par habitant, on est sûrement une des villes où les parcomètres sont les plus chers», dit-il.

Luis Miranda, membre du comité exécutif de la Ville et responsable du développement économique, a fait savoir ce mercredi qu'il est prêt à discuter avec les représentants des commerçants «pour trouver des solutions aux enjeux du développement des artères commerciales, tout particulièrement au centre-ville».

«Notre administration a toujours maintenu un dialogue ouvert avec les commerçants, a-t-il mentionné par voie de communiqué. Nous allons regarder la situation avec leurs représentants et nous allons trouver des solutions ensemble, notamment en ce qui concerne l'épineuse question du stationnement. Notre administration a déjà mis en branle plusieurs actions pour appuyer les commerçants et leurs associations, telles que le programme d'aide à la revitalisation des artères commerciales doté d'une enveloppe de 22,6 M$ et le soutien aux sociétés de développement commerciale, les SDC. Nous sommes des partenaires de longue date et nous entendons poursuivre un dialogue efficace qui prend en compte les enjeux financiers et de développement durable qui nous concernent tous».

M. Miranda considère que les commerçants sont des partenaires économiques et urbains de premier plan pour la Ville de Montréal. «Les artères commerciales sont les coeurs des quartiers montréalais et le centre-ville est le moteur économique de la métropole. Une large partie de la qualité de vie montréalaise tient aux services que les commerces offrent aux résidants et aux visiteurs. Ce sont eux qui donnent une ambiance et une âme à la vie de quartier. Et ce sont des employeurs de première importance : le secteur commercial montréalais compte quelque 27 700 établissements et 206 000 emplois».

Le comité exécutif de la Ville a confié à la Direction du développement économique et urbain le mandat d'étudier la situation avec les représentants des commerçants et de proposer une position répondant aux enjeux particuliers des artères commerciales des quartiers et du centre-ville dans le contexte de la récession économique.