Le maire Tremblay se posait des questions, hier. Les Montréalais aussi. Trois piétons sont morts sous les roues de camions de déneigement en quelques heures seulement. Les deux conducteurs impliqués travaillent pour des entreprises privées, rémunérées au volume de neige transporté.

Mis à jour le 6 févr. 2009
Hugo Meunier LA PRESSE

Trois septuagénaires ont péri sous les roues de camions de déneigement, hier, lors de deux accidents survenus à quelques heures d'intervalle dans les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et d'Ahuntsic.

Les policiers mènent leur enquête et se gardent pour l'instant de jeter le blâme sur les acteurs de ces événements. «Dans les deux cas, il semble que les piétons avaient la priorité et que les conducteurs n'ont pas vu les victimes», a résumé l'agent Olivier Lapointe, du Service de police de la Ville de Montréal. Il a qualifié d'«exceptionnel» le fait que trois personnes soient fauchées par des camions de déneigement en une seule journée.

Le premier incident s'est produit vers 9h40 à l'angle des rues Champlain et Sherbrooke, sous les yeux horrifiés de quelques témoins. Un couple de septuagénaires, qui traversait la rue Champlain en direction est, a été happé par un camion de déneigement de la société Transport DM Choquette, embauchée en sous-traitance par la Ville. Le véhicule s'engageait sur l'artère.

À l'arrivée des ambulanciers, la mort de l'homme de 72 ans ne faisait aucun doute. Son corps gisait inerte sous les roues du poids lourd. Les pompiers ont dissimulé le terrible tableau derrière une couverture grise.

«Sa femme a quant à elle été transportée juste en face, à l'hôpital Notre-Dame. Elle était en arrêt cardiorespiratoire», a souligné Bart Panarello, chef aux opérations chez Urgences-santé. Le décès de la dame de 71 ans a été constaté à son arrivée au centre hospitalier. Le conducteur du véhicule en cause a pour sa part subi un violent choc nerveux.

Au moment de l'impact, quelques cols bleus s'affairaient à colmater un bris de conduite d'eau de l'autre côté de la rue. Ils se sont aussitôt rués sur les lieux du drame. «Nous avons sorti le chauffeur de son véhicule. Il ne disait rien, il était en état de choc. Nous l'avons assis dans un de nos véhicules», a raconté Jeanne Cyrume, journalière. Sur le siège avant du camion de la Ville, on pouvait voir le conducteur, la tête entre les mains, réconforté par des collègues.

Les feux au vert

Les feux de circulation étaient au vert lors du drame. Les septuagénaires étaient en droit de traverser et le conducteur du camion de tourner à droite dans la rue Champlain. «Mais les piétons ont toujours la priorité», a rappelé le SPVM.

Un autre collègue du conducteur en cause a souligné que la visibilité était parfois difficile au volant de tels mastodontes. Les angles morts y sont beaucoup plus difficiles à surveiller qu'au volant d'une voiture. Il y a aussi des gens qui traversent n'importe comment, a-t-il ajouté, sans toutefois blâmer les deux piétons tués.

L'accident a entraîné durant quelques heures la fermeture de la rue Sherbrooke dans les deux directions, entre l'avenue Papineau et la rue Plessis.

Scénario presque identique

Un scénario presque identique s'est répété vers 14h30 dans le quartier Ahuntsic, au coin des rues Fleury et D'Iberville. Une résidante de ce quartier résidentiel âgée de 76 ans n'a eu aucune chance d'éviter un camion de déneigement d'une entreprise privée qui s'est engagé dans la rue D'Iberville au moment où elle traversait. Les secouristes ont tenté en vain de la ranimer. Une toile jaune recouvrait son corps pendant que les policiers bouclaient le périmètre.

L'accident venait tout juste de se produire quand Ahmed Mendili a débouché sur les lieux au volant de sa voiture. Il n'était pas surpris qu'un tel drame se soit produit à cette intersection. «C'est un coin très dangereux. La visibilité est mauvaise et les gens roulent à grande vitesse. On a demandé plusieurs fois des feux rouges ou un arrêt sur Fleury et pas seulement sur D'Iberville», a expliqué M. Mendili, qui a dit avoir été témoin de nombreuses collisions à cet endroit.

La conductrice du camion de déneigement impliquée a aussi été transportée à l'hôpital, en proie à un violent choc nerveux.

Selon Éric Godin, commandant de la division de la sécurité routière et de la circulation au SPVM, ses policiers portent depuis quelques années une attention particulière aux agissements des déneigeurs. «On regarde la vitesse, les feux rouges, les arrêts obligatoires et les permis adaptés aux poids lourds. Le virage à droite, en cause dans les deux événements d'aujourd'hui, est aussi très surveillé», a souligné M. Godin. Même si le Code de la sécurité routière donne toujours priorité aux piétons, il est trop tôt pour chercher des coupables, a ajouté le policier. «Les deux sous-traitants avaient déchargé leur véhicule, il n'y avait pas de vitesse», a ajouté M. Godin, qui recommande aux piétons de chercher un contact visuel avec les camionneurs avant de traverser une rue.

L'an dernier, plus de 600 constats d'infraction ont été remis aux déneigeurs par le SPVM, soit environ trois fois plus que les années précédentes. Il faut dire que les chargements de neige s'étaient élevés à 928 000 dans l'île, comparativement à 500 000 en 2007.

Cette année, depuis la première neige, les policiers ont distribué 149 constats d'infraction aux déneigeurs.