Les musulmans préfèrent que ce soit une femme qui cueille les ovules et implante les embryons chez la patiente. Les juifs orthodoxes délèguent un membre de leur communauté pour observer les manipulations des cellules, mais sont indifférents au sexe et à la religion des médecins. Les catholiques, eux, acceptent que les ovules soient congelés, mais pas les embryons.

Judith Lachapelle LA PRESSE

«Quand c'est possible de le faire, que ça ne compromet pas le traitement médical du couple ou celui des autres couples, nous le faisons», dit le Dr Hananel Holzer, expert en fertilité au Centre universitaire de santé de l'Université McGill (CUSM).

Les accommodements raisonnables en procréation assistée sont devenus une nouvelle spécialité du CUSM. Depuis un an, des procédures entourant le traitement de couples juifs orthodoxes infertiles ont été mises en place, de concert avec les autorités religieuses. Mais cette sensibilité aux demandes particulières s'applique aussi aux croyants des autres religions.

Dans la salle de l'hôpital Royal Victoria où sont alignés les incubateurs contenant les embryons congelés, le Dr Holzer désigne deux d'entre eux, qui ne peuvent être déverrouillés qu'en composant le code d'accès. «Ceux-ci ne peuvent être ouverts qu'en présence d'un observateur désigné par le rabbin», explique le médecin.

Lors de l'implantation des embryons, les procédures de la clinique de fertilité exigent déjà que deux observateurs, employés de l'hôpital, assistent à l'opération pour s'assurer notamment que les bonnes cellules sont utilisées avec les bons parents. «La communauté juive nous a demandé d'ajouter une troisième personne, qui serait désignée par le rabbin», dit le Dr Holzer. Pour s'assurer qu'un observateur juif sera toujours présent lors des opérations, la communauté a acheté les deux incubateurs avec serrure. «Ils voulaient avoir leurs propres incubateurs. Nous n'y étions pas opposés, en autant que ça ne brime pas les autres patients.»

De même, l'équipe fait son possible pour affecter du personnel féminin aux patientes musulmanes, mais ça n'est pas toujours possible la fin de semaine, dit le Dr Holzer. «Mais ce ne sont pas tous les musulmans qui le demandent. J'ai eu dernièrement un couple d'Arabie Saoudite, et c'est moi qui ai implanté l'embryon.» Certains couples musulmans ont également déjà demandé à faire une prière au moment de la fécondation in vitro.

Masturbation et menstruations

Les couples qui viennent consulter le Dr Hananel Holzer sont discrets. Déballer sa vie sexuelle dans le bureau d'un inconnu parce qu'on n'a pas d'enfants est déjà pénible. Quand les couples infertiles sont profondément religieux, c'est encore plus délicat.

«Je dis toujours à mes étudiants que c'est un art difficile et sensible», dit le médecin. «Je traite toujours mes patients comme si c'était ma soeur qui devait être traitée.» Le Dr Holzer a pratiqué à l'hôpital Hadassah en Israël avant de s'établir à Montréal, en 2004. Les ajustements de la procréation assistée avec les règles de Halakah - les lois juives régissant leur vie quotidienne - ont été développées en Israël avant que le Dr Holzer ne les applique à Montréal, à la suite de demandes de la communauté.

Il faut avoir une bonne connaissance des préceptes religieux des patients pour pouvoir traiter efficacement ces couples infertiles. Ainsi, chez les juifs orthodoxes, un mari ne doit pas toucher sa femme pendant sept jours lorsqu'elle commence ses menstruations. «Mais il y a des femmes qui ovulent avant la fin de ces sept jours, et c'est pour ça qu'elles ne tombent pas enceintes. On peut alors leur donner des hormones pour ajuster le cycle.»

La masturbation est aussi bannie chez plusieurs croyants, ce qui complique le prélèvement de spermatozoïdes pour l'insémination. «Je leur donne alors un condom spécial qui recueillera le sperme lors de la relation sexuelle», dit le Dr Holzer.

Les catholiques considèrent quant à eux que l'embryon est un être humain et refusent donc que celui-ci soit congelé. «En Italie, c'est interdit partout de congeler les embryons.» Les médecins ne congèlent donc que les ovules et implantent les oeufs fécondés sans tarder.