Des tests de laboratoire erronés, comme ceux qui ont plongé des milliers de victimes du cancer du sein dans le doute la semaine dernière, pourraient remettre en cause la façon dont plusieurs autres malades ont été traités, affirme le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette. Une possibilité que même le ministre de la Santé Yves Bolduc n'a pas écartée, hier.

Mis à jour le 31 mai 2009
Martin Croteau LA PRESSE

Le Dr Barrette affirme que seule une «infime minorité» de patients pourrait avoir reçu un traitement inapproprié en raison d'analyses erronées. Il ajoute que, même si l'étude a révélé des irrégularités dans des cas de cancer du sein, c'est l'ensemble de la «chaîne de montage» des laboratoires de pathologie qui est remis en cause.

 

«Le problème qui existe au Québec est un problème de pathologie et non de cancer du sein, a indiqué le Dr Barrette. Ce dont les pathologistes se plaignent, c'est la variation dans les diagnostics qui est induite par les moyens dont ils disposent pour travailler.»

Les laboratoires ciblés par l'étude de l'Association des pathologistes du Québec n'analysent pas seulement des échantillons provenant de femmes souffrant du cancer du sein. Les médecins font appel à leurs services pour un éventail de maladies, allant de différents types de cancer aux maladies dégénératives.

«On peut raisonnablement conclure qu'il y a un problème partout», a ajouté le Dr Barrette, interrogé à savoir si les résultats de l'étude pouvaient remettre en cause le traitement de cancers autres que celui du sein.

Le spécialiste estime que Québec doit investir environ 10 millions pour assurer le bon fonctionnement des laboratoires de pathologie et corriger les problèmes de fiabilité.

Rencontre aujourd'hui

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ignore s'il faudra rappeler des personnes atteintes d'autres formes de cancer à la lumière de l'étude menée par le Dr Louis Gaboury. Il en saura davantage aujourd'hui, au terme d'une rencontre avec un groupe de pathologistes et d'hémato-oncologues.

«Le groupe d'experts va discuter de la question», a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse, hier.

Entre-temps, il demande aux femmes atteintes d'un cancer du sein de patienter, car il est trop tôt pour savoir lesquelles devront se soumettre à de nouveaux tests. «Le problème, c'est que, avec l'information dont je dispose, je ne peux rassurer la population», a-t-il admis.

Le Dr Gaboury a expédié des échantillons à 25 laboratoires de pathologie. Son rapport, rendu public la semaine dernière, révèle que de 15% à 20% des tests se sont révélés erronés. Dans trois établissements, le taux d'erreur atteignait 30%.

Les tests de pathologie ne servent pas à dépister le cancer comme tel, mais à en déterminer la nature précise une fois que le diagnostic initial a été établi. Les oncologues s'en servent pour déterminer quel type de médicaments ils administreront à leurs patientes en plus de la chimiothérapie, de la radiothérapie et de la chirurgie.

S'il ne sait pas combien de femmes pourraient avoir reçu le mauvais traitement à cause des failles des laboratoires, le gouvernement assure qu'on est loin du scandale qui a secoué Terre-Neuve, où 363 patientes ont reçu un diagnostic erroné.

«Ce n'est pas la même chose qu'à Terre-Neuve, les faits sont différents», a assuré le premier ministre Jean Charest.

Faire la lumière

L'avocat Paul Brunet, porte-parole du Conseil pour la protection des malades, presse le gouvernement de faire au plus vite la lumière sur la situation: «Il y a des centaines de milliers de femmes qui ont eu peur, cette semaine. J'ai senti qu'on faisait soit du corporatisme ou de la politique sur cette question-là», a-t-il dénoncé.