La société australienne Babcock and Brown, acteur important dans le projet de partenariat public-privé (PPP) du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), vit actuellement des difficultés financières majeures. À un point tel que ses actions ont été suspendues en Bourse. Cette situation précaire remet en question la viabilité du projet du CHUM.

Mis à jour le 15 janv. 2009
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Deux consortiums regroupant une dizaine d'entreprises d'ingénierie sont présentement en lice pour obtenir le contrat de construction du futur CHUM. Dans le consortium Accès santé CHUM, on trouve notamment les firmes de construction Pomerleau et Verreault. L'entreprise Babcock and Brown, spécialisée en ingénierie financière, fait aussi partie du groupe.

Si le consortium Accès santé CHUM remporte l'appel d'offres, Babcock and Brown devra élaborer le montage financier du projet du CHUM. «Babcock and Brown sera l'interface entre les opérateurs et le financement. Elle devra trouver le financement pour payer», explique le porte-parole de l'Agence des PPP, Hugo Delaney.

Mais dernièrement, la situation financière de Babcock and Brown s'est détériorée. La crise économique touche durement l'entreprise. Ses actions sont suspendues depuis le 7 janvier et devraient l'être pour encore deux semaines, selon le Wall Street Journal. Babcock and Brown est en discussions avec ses créanciers pour tenter d'éviter la faillite.

Selon M. Delaney, cette situation ne met pas en péril le PPP du CHUM. «Une autre firme du consortium remplacera cette compagnie si elle fait faillite», dit-il.

Le président du comité des politiques publiques de l'Association des économistes du Québec, Jean-Pierre Aubry, n'est pas de cet avis. «Si une compagnie fait faillite, les autres ne pourront pas compenser pour elle, dit-il. Les conditions de crédit sont de plus en plus difficiles. Les autres entreprises du consortium devront emprunter, mais ne pourront pas nécessairement.»

Si les entreprises se retirent aussi et que le consortium Accès santé CHUM tombe, un seul candidat sera en lice, causant d'importants problèmes de compétitivité.

En plus d'être impliqué dans le projet du CHUM, Babcock and Brown fait partie du consortium Accès recherche CHUM, qui participe à l'appel d'offres du futur Centre de recherche du CHUM. L'entreprise est aussi partie prenante du consortium Accès Symphonique Montréal, qui a déposé sa candidature pour la construction en PPP de la nouvelle salle de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Québec se veut rassurant

Mardi, La Presse rapportait les propos d'un ancien consultant du CHUM qui déplorait que les risques associés à une crise financière n'aient pas été calculés dans les dossiers d'affaires initiaux du CHUM.

Hier à Québec, le ministre de la Santé et la ministre des Finances ont été contraints de défendre leur décision de choisir la formule en PPP pour le CHUM.

«Le PPP, c'est une excellente formule, ça nous permet de savoir avant combien ça va coûter, non pas d'avoir des factures qui vont rentrer par la suite. Deuxièmement, ça va nous permettre d'avoir une économie de temps parce que ça se réalise plus rapidement», a dit le ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Selon l'économiste Jean-Pierre Aubry, il est vrai que les risques financiers sont relégués aux partenaires privés dans un PPP. «Mais qu'arrive-t-il si les partenaires privés ne sont plus là?» demande-t-il.

Le critique de l'opposition officielle péquiste en matière de Conseil du Trésor, Sylvain Simard, a quant à lui affirmé que la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget nuit à l'économie québécoise avec la formule de PPP.

«Au moment où nous savons qu'il faut des infrastructures et qu'il faut allouer judicieusement l'argent vers des infrastructures de qualité, est-ce que la ministre n'admet pas que sa formule de PPP est une nuisance pour l'économie québécoise actuellement?» a-t-il demandé.

Selon Mme Jérôme-Forget, le dossier du CHUM suit son cours tel que prévu. «Ce qui nuit aux contribuables, ce sont les factures supplémentaires. Ce sont les changements qui arrivent justement parce que les projets sont mal ficelés, a dit Mme Jérôme-Forget. C'est bien important de contrer l'enthousiasme parfois des gens qui veulent aller plus vite que ce qui est nécessaire.»