Les projets d'infrastructures vertes ont la cote ces jours-ci. Québec, Ottawa et des municipalités de la région montréalaise ont annoncé, lundi, plusieurs projets dans ce domaine, évalués globalement à 559 millions $.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

Il s'agit soit d'usines de biométhanisation, soit de centres de compostage, soit d'usines de prétraitement ou d'une combinaison de ces centres.

Ces projets ont été annoncés en grande pompe, lundi à Montréal, par la ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, du député fédéral Steven Blaney, ainsi que de représentants de Montréal, Longueuil, Laval et de la couronne Sud.

Ces projets viseront à recycler les déchets organiques, comme les déchets de table et les résidus verts, qui sont présentement enfouis en pure perte avec le reste des déchets. Ces déchets organiques peuvent être transformés en compost et en biogaz, une énergie propre.

Avec les usines de biométhanisation, les déchets organiques pourront générer de l'énergie qui servira à chauffer des édifices, à les éclairer ou à servir de biocarburant pour les autobus et autres véhicules. Ce carburant pourra également être «injecté» dans le réseau de Gaz Métro.

«Ce sont des projets majeurs. Moi j'aime bien appeler ça la révolution tranquille dans le domaine du développement durable, de la gestion des matières résiduelles, parce que sans faire nécessairement beaucoup de bruit, on est en train de procéder à une transformation majeure de notre société», a résumé la ministre Beauchamp.

Montréal à elle seule projette cinq installations, soit deux usines de biométhanisation, deux centres de compostage et un centre de prétraitement des déchets organiques.

Longueuil aura une usine de biométhanisation qui pourra faire du compostage. Laval aura une usine semblable et la couronne Sud également.

De cette somme de 559 millions $, le gouvernement fédéral contribuera à hauteur de 150 millions $ et celui du Québec de 165 millions $. Les municipalités concernées verseront le reste.

L'entrée en fonction de ces centres s'échelonnera de 2011 à 2014.

Au total, 4400 emplois directs et indirects seront créés, incluant les emplois temporaires, ceux reliés à la construction des usines proprement dites et à leur exploitation, a précisé la ministre Beauchamp.

«Ce sont des projets qui nous permettent de dire aux Québécois que c'est fini le gaspillage. On va arrêter de gaspiller et d'envoyer des matières organiques qui ont une valeur en soi, d'arrêter d'envoyer ça dans des sites d'enfouissement», a plaidé la ministre Beauchamp.

Où au juste?

Dans certains cas comme à Laval, le site de construction est déjà choisi, mais dans la plupart des cas, il devra faire l'objet de discussions.

Comme il arrive que des citoyens s'opposent à l'implantation de tels sites, desquels peuvent émaner de mauvaises odeurs, les maires ont rappelé que des discussions auront cours.

A Montréal par exemple, des «zones» ont déjà été identifiées, mais pas encore les sites précis, a fait savoir le maire Gérald Tremblay. «C'est évident que la première réaction, c'est «je ne veux pas l'avoir chez nous»', a déploré le maire, qui souhaite une décision définitive en juin prochain quant aux sites choisis. Il invite les gens à assumer leurs choix environnementaux.

Réactions

Selon Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint chez Equiterre, «le syndrome du «pas dans ma cour» est un syndrome qui est très présent, hélas. C'est plus facile de demander à quelqu'un d'autre de s'occuper de nos déchets que de le faire nous-mêmes. Cela étant dit, je suis d'accord avec le maire de Montréal: on n'a pas le choix, on ne peut pas continuer à jouer à l'autruche comme ça et à faire semblant qu'on peut continuer à enfouir nos déchets indéfiniment, à exporter nos problèmes à d'autres.»

M. Guilbeault a dit voir une «bonne nouvelle» dans cette annonce et souligne que le Québec a déjà du retard à rattraper en matière de gestion des matières résiduelles. Le plus tôt, dit-il, sera le mieux.

Au Conseil régional de l'environnement de Montréal, la directrice adjointe Coralie Deny s'est réjouie de cette «excellente nouvelle».

«Enfin les matières organiques ne prendront plus majoritairement le chemin de l'enfouissement. L'époque du gaspillage de ces ressources est en voie d'être révolue», a-t-elle ajouté.