S'inspirant de Lucien Bouchard et de son sommet économique de 1996, le premier ministre Jean Charest tiendra une «vaste consultation» d'ici le prochain budget sur la délicate question des mesures à prendre pour retrouver l'équilibre budgétaire. Les hausses de tarifs seront au menu des discussions.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Hier, à l'issue d'une réunion de deux jours du caucus de son parti, M. Charest a dit souhaiter que «le plus grand nombre de Québécois participent» à ce qu'il appelle un «dialogue» sur les finances publiques. Il n'a toujours pas déterminé la forme que prendrait cette consultation.

 

Chose certaine, les hausses de tarifs feront partie du débat. «C'est de là qu'on va partir. Ça va nous permettre de voir comment on peut agir de manière équitable», a souligné M. Charest, qui semble écarter une augmentation des impôts.

Pendant la consultation, le premier ministre demandera aux participants de répondre à une question plutôt large, une question visant à concevoir l'objectif à long terme des choix difficiles qu'ils devront faire: «Où le Québec veut-il se trouver dans 20 ans sur le plan économique et social?»

Le premier ministre ne croit pas que sa cote de popularité, très élevée selon un sondage CROP-La Presse, chutera inévitablement avec les mesures d'austérité à venir. Le gouvernement devra «travailler avec les Québécois» et bien leur faire «comprendre les objectifs» derrière ces mesures. «Ce sera mon défi», a-t-il noté.

En 1996, peu de temps après avoir succédé à Jacques Parizeau à titre de premier ministre, Lucien Bouchard avait convoqué le patronat, les syndicats et d'autres groupes sociaux à participer à un sommet économique sur l'atteinte du déficit zéro.

Dans son dernier budget, Québec a annoncé un déficit de 3,9 milliards de dollars pour l'année en cours - plus de 11 milliards au cours des quatre prochaines années. Le retour à l'équilibre budgétaire est prévu en 2013-2014. Pour y arriver, il entend notamment limiter la croissance des dépenses à 3,2%, un objectif hautement ambitieux.

Québec a déjà annoncé l'indexation prochaine de quelques tarifs de services publics et un «rattrapage important et progressif» dans certains cas - il n'a pas précisé lesquels. Chose certaine, il a promis de maintenir les tarifs des services de garde à 7$ par jour. La TVQ augmentera de 1% en 2011, ce qui enverra 1 milliard de dollars de plus par année dans les coffres de l'État. Les autres moyens pour atteindre le déficit zéro n'ont pas été clairement définis.

Selon le plan de retour à l'équilibre budgétaire déposé avec le dernier budget, les «autres mesures à identifier aux revenus et aux dépenses», dont les hausses tarifaires, doivent rapporter 450 millions en 2010-2011, 1,3 milliard en 2011-2012, 2,8 milliards en 2012-2013 et 3,8 milliards en 2013-2014.

Jean Charest craint que le Québec ne plonge encore plus dans le rouge que prévu en raison des décisions d'Ottawa, qui a un déficit de plus de 50 milliards de dollars. Il appréhende une coupe dans les transferts aux provinces, qui accaparent une bonne part du budget fédéral.

«Si, à Ottawa, il y a un débat sur la question de l'équilibre budgétaire, quelle voie choisiront-ils pour équilibrer le budget? Ce sera une question à poser à tous les partis.» En plus d'une hausse de la TPS, «il y a toutes sortes d'hypothèses possibles. Il y a les transferts aussi», a noté Jean Charest.

À la rentrée parlementaire, le 15 septembre, le projet de loi 40, qui permet de suspendre l'application de la loi anti-déficit, sera «le premier sujet» de discussion. Le gouvernement n'a pas adopté le projet la session dernière, car il n'avait pas l'appui de l'opposition. Jean Charest plaide qu'il a fait un «compromis» en acceptant de garantir dans le projet de loi que le Québec retrouvera l'équilibre budgétaire en 2013-2014. L'opposition veut savoir comment le gouvernement entend s'y prendre pour atteindre le déficit zéro avant de voter en faveur du projet de loi. M. Charest veut que l'adoption de la loi précède sa vaste consultation. «Je fais appel au sens des responsabilités de chacun, a-t-il dit. Je demande à Pauline Marois d'agir en respectant les intérêts supérieurs du Québec et de faire en sorte qu'on adopte le projet de loi 40 rapidement car le temps presse. Il en va de la crédibilité des finances publiques du Québec.»

Le premier ministre dit voir des «signes de reprise» économique. Ces signes sont certes «encourageants», mais ils demeurent encore «incertains», a-t-il souligné. La reprise sera lente selon lui.

 

CHAREST VISE UN QUATRIÈME MANDAT

Alors que les troupes libérales sont galvanisées par les résultats du sondage CROP-La Presse, le premier ministre Jean Charest a manifesté hier son intention de solliciter un quatrième mandat de gouvernement. C'est «l'accomplissement que je vise «, a-t-il noté. Sa décision de coprésider une soirée soulignant le 25e anniversaire de l'élection du gouvernement conservateur de Brian Mulroney ne signifie pas qu'il songe à faire le saut à Ottawa. «Je suis très heureux dans mes fonctions actuelles. Je n'ai pas l'intention de devenir premier ministre du Canada», a-t-il dit. Jean Charest a obtenu trois mandats consécutifs jusqu'à maintenant en remportant les élections générales de 2003, de 2007 et de 2008.