Le premier ministre Jean Charest a exclu mercredi la possibilité de hausser l'impôt des particuliers pour renflouer les coffres de l'État. Il a plutôt décidé d'opter pour d'autres techniques éprouvées.

Mis à jour le 26 août 2009
Tommy Chouinard LA PRESSE

«Nous avons annoncé lors du dernier budget que nous voulions faire une remise à niveau sur la question des tarifs et c'est de là que nous allons partir. Il y aura cette évaluation et nous verrons de quelle façon on peut agir, de manière équitable», a dit le premier ministre, en point de presse.

Les tarifs d'électricité sont assurément dans le collimateur des libéraux, mais ceux des garderies à prix modiques resteront les mêmes pour les quatre prochaines années. Le gouvernement Charest a les mains liées par sa promesse électorale de maintenir à 7$ le tarif quotidien dans les Centres de la petite enfance (CPE) pour la durée de son mandat

M. Charest a dit vouloir «interpeller tous les citoyens» d'ici au budget du printemps 2010 afin d'identifier les sacrifices qui devront être faits pour rétablir l'équilibre budgétaire.

Le premier ministre n'a pas voulu préciser la forme que prendra le débat populaire sur le retour au déficit zéro, mais a indiqué qu'il s'agira d'un «dialogue le plus large possible».

En 1996, peu de temps après avoir succédé à Jacques Parizeau à titre de premier ministre, Lucien Bouchard avait convoqué le patronat, les syndicats et d'autres groupes sociaux en 1996 à participer à un sommet économique sur l'atteinte du déficit zéro.

Le redressement des finances publiques s'annonce un défi colossal, alors que le Québec accumulera un déficit de 11,6 milliards de dollars d'ici 2013-2014, date inscrite dans le projet de loi 40 pour le retour à l'équilibre budgétaire.

Une augmentation d'un point de TVQ a déjà été annoncée pour 2011, mais aucune hausse d'impôt n'est à prévoir.

«Ce n'est pas un sujet qui a été soulevé dans nos discussions et notre objectif est de garder les impôts des Québécois le plus près possible de la moyenne canadienne», a-t-il dit.

La situation économique et l'effort nécessaire pour le retour à l'équilibre budgétaire animeront les débats dès la reprise des travaux parlementaires à l'Assemblée nationale, le 15 septembre.

En prévision de la rentrée, le premier ministre a lancé un appel à la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, pour qu'elle collabore à l'adoption du projet de loi 40.

«Nous nous attendons à ce que chaque parlementaire, incluant Pauline Marois et le Parti québécois, assument leurs responsabilités à la rentrée parlementaire. (...) Ce sera un premier test pour Pauline Marois et le Parti québécois sur la question de l'économie», a déclaré M. Charest.

L'opposition réagit

Le Parti québécois a rapidement réagi aux propos de M. Charest en affirmant que l'opposition officielle «a pris ses responsabilités» en empêchant l'adoption du projet de loi 40 le printemps dernier.

«Le gouvernement libéral voulait un chèque en blanc: il refusait de présenter un plan de retour à l'équilibre budgétaire en identifiant les mesures à prendre et reportait aux calendes grecques le retour au déficit zéro», a déclaré par voie de communiqué le député Jean-Martin Aussant, porte-parole du Parti québécois en matière d'institutions financières.

«Aujourd'hui, M. Charest essaie de faire porter sur les autres son profond manque de responsabilités», a-t-il ajouté.

L'Action démocratique a elle aussi reproché au premier ministre de mettre de la pression sur les parlementaires pour qu'ils adoptent le projet de loi 40, alors que le «gouvernement est incapable de nous dire comment il va s'y prendre pour sortir le Québec des déficits».

«C'est complètement loufoque de l'entendre traiter les parlementaires d'irresponsables alors que son gouvernement vient de plonger le Québec dans cinq ans de déficits sans plan de retour à l'équilibre budgétaire», a déclaré le porte-parole de l'ADQ en matière de finances, François Bonnardel.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a pour sa part dit craindre que M. Charest se trompe de cible dans ses efforts pour le retour à l'équilibre budgétaire.

«Il faut aller chercher les richesses là où elles sont, non pas en tarifant les étudiants, les usagers d'Hydro-Québec, les usagers du transport en commun», a-t-il dit en entrevue.

«Il pourrait augmenter la richesse et équilibrer le budget en menant une lutte à l'évasion fiscale», a-t-il ajouté.

Avec la Presse Canadienne