La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a recruté un économiste, Nicolas Marceau, dans l'espoir de combler le vide laissé par le départ de François Legault. Le professeur à l'UQAM sera nommé sous peu candidat du PQ dans la circonscription de Rousseau, a appris La Presse.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Nicolas Marceau a été membre de la commission Séguin sur le déséquilibre fiscal, créée par le gouvernement Landry en 2001, et l'un des experts qui a validé les Finances d'un Québec souverain, une étude préparée par François Legault en 2005.

 

À l'invitation de M. Legault, Nicolas Marceau a prononcé, le 22 février dernier, un discours sur les moyens de sortir de la crise économique devant quelques centaines de militants péquistes réunis en conseil national. Le professeur au département des sciences économiques avait proposé de retrouver l'équilibre budgétaire en augmentant la TVQ et les tarifs, comme ceux d'hydroélectricité. Prudente, Pauline Marois s'était contentée de dire qu'elle est prête à faire un débat sur la tarification des services publics, mais seulement après la crise économique. M. Marceau avait aussi insisté sur le maintien d'un panier de services publics «généreux» et d'un État de «taille importante», une position qui correspond à la philosophie péquiste.

Le PQ a appuyé sur l'accélérateur afin de confirmer au plus vite la candidature de M. Marceau dans Rousseau et éviter toute contestation. L'exécutif de la circonscription a fixé au 3 août, lundi, la date limite pour déposer une candidature à la succession de François Legault. L'investiture aura lieu le 18 août.

Devant un échéancier aussi serré, Carl Dubois, jeune militant qui songeait à tenter sa chance, s'est désisté. Lynne Harpin, attachée politique de M. Legault, avait manifesté son intérêt, mais elle a finalement décidé de laisser le champ libre au candidat que la chef veut parachuter dans la circonscription de Lanaudière. Nicolas Marceau, 45 ans, habite le Plateau-Mont-Royal.

Le gouvernement Charest n'a pas encore annoncé la date de l'élection partielle dans Rousseau. Il peut attendre jusqu'à la fin de l'année avant de déclencher le scrutin.

L'entourage de Pauline Marois a courtisé Nicolas Marceau peu de temps après le départ de M. Legault, le 25 juin dernier. L'économiste aura de grands souliers à chausser puisque M. Legault était le meilleur compteur de l'équipe péquiste.

MM. Legault et Marceau se connaissent bien. Le professeur figurait parmi les experts recrutés par M. Legault pour examiner ses Finances d'un Québec souverain. L'étude rendue publique en mai 2005 concluait qu'un Québec souverain dégagerait un surplus de 17 milliards de dollars en cinq ans, grâce à l'élimination des chevauchements et des fonds récupérés d'Ottawa. M. Marceau avait défendu la crédibilité du document dans les pages de La Presse.

Nicolas Marceau s'est fait connaître dans les cercles politiques lorsque le premier ministre Bernard Landry l'a nommé, en 2001, au sein de la commission sur le déséquilibre fiscal présidée par Yves Séguin. Le rapport déposé en mars 2002 recommandait l'abolition du transfert social canadien et la récupération par les provinces de la TPS. L'automne dernier, M. Marceau a maintenu que le déséquilibre fiscal existe toujours, malgré la hausse des transferts fédéraux.

Nicolas Marceau s'est prononcé contre la hausse des droits de scolarité de 30% en cinq ans annoncée par le gouvernement Charest en mars 2007. Il suggère une simple indexation.

Régulièrement interviewé par les médias, M. Marceau est titulaire d'une maîtrise en sciences économiques de l'Université de Montréal et d'un doctorat de l'Université Queen's de Kingston, en Ontario. Il enseigne à l'UQAM depuis 1996. Spécialisé en économie publique, il est chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi. Il n'a pas rappelé La Presse.

Le 8 décembre dernier, François Legault avait remporté les élections dans Rousseau avec 57% des suffrages et une majorité écrasante de plus de 10 000 voix - sa plus forte depuis son premier scrutin en 1998. La circonscription était toutefois détenue par le Parti libéral entre 1985 et 1994.