La ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, partage la position de la Fédération des femmes du Québec et refuse d'interdire le port du voile islamique ou d'autres signes religieux chez les employés de l'État.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Le spectre du débat sur les accommodements raisonnables est revenu hanter le gouvernement Charest lors de la période des questions à l'Assemblée nationale, hier. Une position adoptée par la Fédération des femmes du Québec (FFQ) le week-end dernier a soulevé la controverse.

 

Samedi, la FFQ s'est prononcée contre l'interdiction du port de signes religieux comme le voile islamique au sein de la fonction publique, dans les écoles et les hôpitaux. Elle juge que «cette interdiction pourrait provoquer un repli sur soi de la part de certains groupes minoritaires. Ce repli isolerait les femmes et compromettrait leurs tentatives d'intégration à la société, intégration qui passe par le marché du travail». Le PQ et l'ADQ condamnent cette prise de position.

La chef intérimaire de l'ADQ, Sylvie Roy, et la leader péquiste Pauline Marois ont demandé tour à tour à la ministre si elle partageait l'avis de la FFQ, en particulier au sujet du voile islamique. «La question est beaucoup plus large que celle-là, a répondu la ministre. Ça peut être une croix dans le cou. Ça peut être des signes religieux. L'important, c'est qu'il y ait séparation de l'Église et de l'État. La grande valeur, c'est l'égalité entre les hommes et les femmes», que le gouvernement a renforcée dans la charte québécoise des droits et libertés.

Accusée de «manquer de courage»

Mmes Marois et Roy ont reproché à la ministre d'esquiver les questions, de «manquer de courage». En entrevue à La Presse, Christine St-Pierre a précisé sa pensée. La ministre a confirmé qu'elle partage la position de la FFQ et n'a pas l'intention d'interdire aux employés de l'État de porter des signes religieux comme le voile islamique. «Il n'y a pas de problème à l'heure actuelle. Il n'y a pas de situation dramatique», a-t-elle expliqué.

Selon elle, une enseignante a le droit de porter le voile islamique, tout comme un professeur d'université peut se coiffer de la kippa. La ministre constate qu'«il n'y a pas de consensus» sur l'idée d'interdire le port de signes religieux chez les fonctionnaires.

Interdire seulement le voile islamique, «je ne suis pas sûr que ça passerait le test des tribunaux», a-t-elle indiqué. Et statuer sur le port de signes religieux au sein de la fonction publique ouvrirait selon elle un large débat, sur la pertinence du crucifix placé au-dessus du trône du président à l'Assemblée nationale par exemple.

Dans un avis rendu public en septembre 2007, lors de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, le Conseil du statut de la femme (CSF) a recommandé que «les représentants et fonctionnaires de l'État ne puissent arborer ni manifester des signes religieux ostentatoires (voile, kippa, turban, kirpan) dans le cadre de leur travail». Il invoque la neutralité de l'État pour justifier sa position.

«Je n'ai pas eu de réponse du gouvernement au sujet de notre recommandation», a affirmé sa présidente, Christiane Pelchat, une ancienne députée libérale. Le CSF a pour mandat de conseiller le gouvernement.

«La position de la Fédération des femmes nous a surpris», a lancé Mme Pelchat. Selon elle, cette position nuit aux musulmanes et à leur combat pour l'égalité. La Presse l'a interrogée avant que la ministre St-Pierre ne précise sa position en entrevue.

Pauline Marois s'est dite «estomaquée» que la ministre de la Condition féminine n'ait pas désavoué la position de la Fédération des femmes à la première occasion. «Le foulard est un signe de domination. En ce sens, relativement à l'égalité entre les hommes et les femmes, ce n'est pas un signal que nous souhaitons voir donné à nos enfants, ni au public», a-t-elle affirmé.

Selon l'adéquiste Sylvie Roy, «il y a plusieurs femmes qui se battent à travers le monde pour éviter d'être obligées de porter le voile. Les signes religieux dans la fonction publique, ça envoie un message que l'État n'est pas laïque. Et nous ne sommes pas d'accord avec ça».

De son côté, Québec solidaire appuie la position de la FFQ. «Le voile est un symbole de soumission, mais on peut être contre le voile sans isoler davantage et faire une chasse aux sorcières aux musulmanes qui veulent intégrer la société québécoise, a affirmé son député, Amir Khadir. L'égalité entre les hommes et les femmes au Québec passe par bien d'autres choses qu'une question d'apparence et de port vestimentaire.»

Dans leur rapport rendu public l'an dernier, Gérard Bouchard et Charles Taylor ont proposé que les signes religieux soient interdits aux juges, aux procureurs de la Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, aux président et vice-président de l'Assemblée nationale, mais permis aux enseignants, aux professionnels de la santé et aux autres agents de l'État.